L’Enfant merveilleux

A l’occasion de la lecture ou relecture du sixième motif de Confettis d’empire, « L’Enfant merveilleux », en voici les notes préparatoires, à l’état brut.

« Le désir révolutionnaire de réaliser le royaume de Dieu constitue le début de l’histoire moderne, et le point tournant de sa construction progressive. Ce qui, dans cette histoire, n’est relié d’aucune façon au royaume de Dieu, n’est que détail sans importance. » Friedrich Schlegel, Athenaum-Fragmente, 222.

Georges Bataille, Julie : « L’homme est une attente. D’on ne sait quoi, qui ne viendra pas. »

Naipaul, Une maison pour Monsieur Biswas, p. 576 : « Vivre avait toujours été une préparation, une attente. Et ainsi les années passèrent ; et à présent, il n’y avait plus rien à attendre. »

Ce chapitre sous le signe de L’Apocalypse de Jean.
Par Joyce, il y aurait un lien entre Robinson Crusoé et l’Apocalypse : (p. 1075) : « Saint Jean l’évangéliste dans l’ile de Patmos vit l’écroulement apocalyptique de l’univers, et vit surgir les murailles de la ville éternelle rutilantes de bétyl et d’émeraude, d’onyx et de jaspe, de saphir et de rubis. Crusoé ne vit qu’une seule merveille dans toute la création luxuriante qui l’entourait, l’empreinte d’un pied nu sur le sable vierge : et qui sait si celle-ci ne pèse pas plus que celle-là. » (Joyce recopie telle version de l’Apocalypse.)

Surnagent au milieu de toute cette histoire, comme sur une soupe, des fragments, des bribes, des filaments de récits, de légendes, de textes, de chansons plus ou moins oralement dites d’une génération à l’autre… qui disent que d’autres mondes auraient été possibles, que d’autres mondes ont existé, que l’homme aurait pu être autre chose que ce qui l’est, autre chose que l’homme, des textes comme des scories de ce qui est perdu…

L’historien se posait la question, l’intuition que le choc colonial produisait au-delà du clivage même/autre quelque chose de neuf, du nouveau sous la forme d’irruptions désespérées, les messianismes. Et il se disait que ce n’était pas un hasard si ces messianismes avaient été étudiés surtout dans les années 50 et 60, au moment du grand reflux, par le CNRS par exemple dans le cadre de RCP (recherche coopérative sur programme) comme s’il elle tendait cette recherche coopérative, au sein du centre de la science, à rassembler en une gerbe les mille et un millénarismes [d’ailleurs, Desroches emploie l’image, p. 11 : « il devient de plus en plus difficile, voire impossible de nouer la gerbe »] qui se produisirent sur toute la surface, et qu’il n’était pas étonnant qu’ils surgissent tandis que les savants du centre parcouraient les atolls, la barrière de corail, la forêt du Congo, la Nouvelle Calédonie etc. [comme s’il y avait là un prolongement de la fable coloniale in extremis] et qu’il est vrai que la découverte du phénomène coïncidait – c’est intéressant – avec une interrogation sur les nationalismes dans ce continent nouveau que l’on commençait à baptiser Tiers-monde. Les savants constituant, sous l’égide de l’ethnologue à la lavallière Marcel Mauss, une « sociologie de l’attente ».

Conférence sur les millénarismes, université de Chicago 8-9 avril 1960. Au moment où l’historien venait au monde, les professeurs Herkovits, Norman Cohn ou bien Mircea Eliade délégué de la cinquième section de l’École pratique des Hautes-Études. Au terme de laquelle les participants se séparèrent sans avoir conclu aux prémices d’une définition.

Au temps où le pape, celui qui avait confisqué les clés du Ciel, inscrites à son blason, où le pape ayant posé de nouveau le pied sur le continent avait reconnu les ombres… (recourant à cette théorie de l’attente inconsciente de la religion par les indiens) [le christianisme avait confisqué les clés du ciel, les clés qui figurent aux armoiries du Pape]. Cette fois c’était à la bibliothèque des sciences de l’Homme. Au mitan du boulevard Raspail, batisse de fer et verre au nom qui faisait peur : sciences de l’Homme, avec son h majuscule. Pourtant c’était bien là que cela se passait.
Lecture de Derrida sur le pardon : de sorte que le Pape, lorsqu’il demande pardon aux Chinois ou aux Indiens, ne fait pas autre chose que poursuivre l’infinie conversion à l’Évangile.

De nouveau l’historien à la Maison des sciences de l’homme avec son grand h, à la bibliothèque derrière ses pare-soleil de fer et dans le chuintement agrémenté de cliquetis de la climatisation usagée. Au temps où il n’y avait pas encore d’ordinateurs, où il se souvenait des longs fichiers de bois et de fiches cartonnées, certaines anciennes, du siècle d’avant, d’avant d’alors s’entend, du siècle précédent, rédigées à la plume et à l’encre, de belles rondes bien formées, un peu passées, aux coins parfois effilochées, pelucheux, puis d’autres, tapées à la machine, Olivetti ou Remington, écrasant le bristol, de frappe incertaine, les lettres parfois mal alignées, tapées en capitales ou en minuscules, et parfois soulignées, après changement de ruban, en rouge. Moquette grise. Années Soixante-dix. Mur-rideau. Plancher… Voir cette architecture.
Après avoir assisté à quelques colloques, hommages, présentations d’ouvrages et inaugurations d’expositions, projections de films, débats publics à l’occasion desquels ceux qui s’imaginaient en héritiers des uns ou des autres en venaient régulièrement aux invectives, [c’était au moment où une loi… sur l’esclavage… sur les bienfaits secouait l’opinion, du moins celle, où le pape reconnaissait quelques ombres…], l’historien préféra une nouvelle fois retourner à la bibliothèque, au mitan du boulevard Raspail de la Ville-Capitale, à la Maison des Sciences de l’Homme avec son grand h effrayant, derrière les pare-soleil de ce bâtiment d’un modernisme maintenant désuet, dans le cliquetis du système de climatisation obsolète

Arrivant à la bibliothèque (09/06/07) et affiche touristique : sortant du métro, passant devant une affiche MEXICO montrant une pyramide tronquée au sommet de laquelle mènent à une terrasse quatre escaliers.

Et aussi les archives des missions étrangères : le père Moussay de Danang, les portraits de Mgr Puginier et de l’éveque d’Adran.

L’historien, dont l’ordinateur commençait à ressembler à la station Mir…

Une efflorescence, une irruption de mouvements.

Balandier : les messianismes caractérisent  » le passage d’un état de la société où domine le souci de conformité (par soumission à la tradition) à un état où deviennent plus opérantes les forces de changement et les impulsions de l’Histoire.  » Et voilà : l’irruption de l’histoire avec son grand  » h « . Balandier, sans barguiner, utilise les mots de tribu, de tradition, et d’histoire.

Lecture de Foi et savoir de Derrida :
 » Dieu  » (d’après Benveniste dans les mondes indo-européen) =  » lumineux « ,  » céleste  » : ainsi le soleil se cacherait-il derrière le mot  » dieu  »  » Telle une éclipse  » Dieu comme éclipse de soleil.
Et puis ces trois lieux à ramener au c »ur de la fable : l’ile, la Terre promise, le désert : que l’on peut opposer au continent (mais auquel manque aussi la foret).

1 Problématique

Renverser la perspective : raconter le renversement du monde (le ciel est à terre et la terre est au ciel) depuis (autant que cela est possible) du point de vue de l’autre, de l’Aztèque, du Hmong, du pygmée, etc.

Définition du messianisme (EU) :  » croyance religieuse en la venue d’un rédempteur qui mettra fin à l’ordre actuel des choses soit de manière universelle soit pour un groupe isolé et qui instaurera un ordre nouveau fait de justice et de bonheur « . Proximité avec millénarisme et prophétisme (lien électif avec Dieu) – messianisme plus proche de Dieu (lien natif).
Le messianisme au sens théologique : tradition chrétienne du  » messie déjà venu  » et tradition juive du messie  » encore attendu « .
Le messianisme au sens historico-sociologique :  » le messianisme représente le fonds commun des doctrines qui promettent le bonheur parfait sur terre sous direction d’une personne, d’un peuple, d’un parti, de mouvements collectifs, au sein desquels les réformes tant ecclésiastiques que politiques, économiques ou sociales sont présentées sous la forme d’ordres ou de normes identifiés à des « missions », voire à des « émissions » divines.  »
Ces mouvements peuvent revetir toutes sortes de formes, du retrait du monde à sa transformation, de la non-violence à la violence.

Ainsi que le signale l’article de l’EU, y aurait-il un universalisme du messianisme  » Comme des vagues liées aux changements (un invariant lié aux changements de temporalité « ) :  » filières médiévales (celles étudiées par Norman Cohn), filières juives, filières des left-wingers anglo-saxons, filières concentriques à la Révolution française, filières nationalistes européennes, filières du socialisme utopique (avec, en particulier, ses messianismes féminins) etc.  » auquel ajouter, donc, les filières coloniales.  » Presque partout, au creux de ces vagues et aux points où elles se ramassent in statu nascendi, se laissait déceler, en clair ou en filigrane, l’acte messianique.  » [avec quelque prédilection pour l’expression  » in statu nascendi  » qui se retrouve chez Muhlmann comme chez Desroches]

Pour une typologie du messianisme :
1 Un personnage historiquement présent ou non.
Personnage ayant un lien de parenté avec Dieu, ou bien Dieu lui-même ou ancêtre divin. Autodeification : songe ou annonce, révélation. Parfois progressif : d’abord  » messager  » puis divinisation du personnage.
1 Les vicaires du personnage
2 Les règnes ou royaumes messianiques
Organisation/réorganisation du monde, hors du monde (conventicules) – politique, économico-social – organisation sexuelle (ni homme ni femme, adrogynie, etc.) – signification cosmique : monde animal, végétal, astral.
La où le messianisme touche à l’utopie.
4) temporalité

La matière messianique (voir Desroches) :
Toute sorte de textes, de prophéties, d’images hautes en couleurs, telles qu’en profèrent les enfermés, dans la cour des hopitaux psychiatriques, ou bien ces congénères qui ont perdu la boule et qui déblatèrent au carrefour. Le royaume de Dieu ou celui du délire.
l La statue aux pieds d’argile et la cinquième Monarchie (Daniel II, 31-44).
l Le triomphe de la Quatrième Bete et la revanche des Saints (Daniel VII, 7-26)
l Les 2 300 soirs et matins de la profanation du sanctuaire (Daneil, VIII, 3-14)
l La série des semaines (Daniel, IX, 24-27) (le plus important)
l Les 1290 et les 1335 jours (Daniel, XII, 11-12)
l La réconciliation d’Israel (Paul, Epitre aux Romains, XI, 7-28)
l Le Jour qui vient comme un voleur (IIe Epitre de Pierre, III, 7-10)
l Les 144 000 (Apocalypse, VII, 1-4)
l Les témoins sous le sac (Apocalypse, XI, 1-7)
l La femme dans le désert (Apocalypse, XII, 1-14)
l 666, le chiffre de la Bete (Apocalypse, XIII, 1-18)
l La septième coupe et l’écoulement de la grande Babylone (Apocalypse, XVI, 17-20)
l La prostituée de pourpre et d’écarlate (Apocalypse, XVII, 1-6)
l L’exode de Babylone (Apocalypse, XVIII, 1-4)
l Le millénaire entre la première et la seconde résurrection (Apocalypse, XX, 1-15)

Il y a dans le messianisme quelque chose du  » Credo quia absurdum « . D’ailleurs, Desroches confirme que la dénégation par les faits d’une prophétie renforce souvent les croyants dans leur conviction.

a Le temps
Et les messianismes
Le renversement du temps
L’autre versant (le messianisme c’est la colonisation vue par l’autre) : donc rapporter ici la note sur l’universalisme biblique ( » études « )

La question du temps
l Ceux pour qui le comptage du temps était  » Nous avons mangé la foret « .
l Voir aussi le temps chez les Dahomés (Hérissé, 1911)

Desroches, p. 6 :  » Le phénomène messianique dure dans le temps. Il dure avec le temps. Il compte sur le temps. Le temps s’étire entre l’attente et son exaucement. […] Qui sait meme si les cultes de possession n’auront pas été quelque chose comme un messianisme immédiat des sociétés sans développement, alors que les messianismes auront été ou seront des cultes de possession – à échéance toujours remise – des sociétés en développement.  »

Girardet p. 319. Idée que la colonie a  » faussé l’histoire « . Entreprise de dénaturation.  » interceptant la nature de l’autre pour l’exploiter, supplantant dans tous les domaines, politique, artistique et linguistique, l’expression de l’autre, le colonisateur a répandu sur l’autre une opacité que la littérature exotique et l’ethnographie du primitif, n’avait pas peu contribué à obscurcir.  » Le colonisé a été coupé de son histoire, amputé de l’héritage et des richesses de son passé. Il s’est vu contraint de reconstruire sa personnalité en fonction du modèle imposé par son dominateur. […] Ainsi la colonie a-t-elle abouti à une appauvrissante réduction à l’unité des sociétés humaines, à la « liquidation du divers » dans le monde et à son affligeante uniformisation.  » Suivant Jacques Berque (lu par Girardet)  » le mouvement des peuples colonisés accédant à l’indépendance apparaît comme un tournant décisif de l’histoire humaine, tournant que caractérise et domine un immense phénomène de « réintégration ». Avec l’écroulement des souverainetés impériales, le colonisé réintègre son histoire : celle-ci lui avait été usurpée par l’homme de l’Occident ; elle lui est maintenant restituée. [C’est là un thème proche de la  » négritude  » de Césaire/Senghor, mais avec le recul il n’y a pas eu véritablement  » retour  » : il y a eu plutot projection violente dans l’histoire, c’est à dire dans la forme de récit dominant/occidental, meme si des effets de retour (minoritaires) ont eu lieu par agrégation de discours minoritaires au discours dominant (chrétien/humaniste/démocratique) voir Derrida et sa mondialatinisation.] Le colonisé réintègre également « l’espace géographique » qui lui est propre : libéré de l’aire occidentale de civilisation dans laquelle il avait été absorbé, il pourra conclure une « nouvelle alliance » avec le sol, procéder en fonction de la spécificité de ses normes culturelles à un nouvel aménagement de la nature [Là aussi, cette projection spatiale ne plus etre celle d’un retour : elle est tributaire de l’importation du modèle de l’Etat-nation, ici marqué par l’établissement spatial de frontières (voir aussi la notion de  » ville  » en Afrique/Coquery). Le colonisé réintègre enfin son ame, l’unicité de lui-meme : « dans la lutte pour l’indépendance, le peuple fait ressurgir le fond de lui-meme, l’oublié et l’éludé. » [C’est là proche de la thèse de Sartre/Fanon, la révélation par la violence en moins. Certes, mais ces formes de retour sont marginaux au regard de l’empreinte définitive d’un modèle mondial. Quasi de l’ordre du folklore] La décolonisation est donc « ressourcement », redécouverte d’elles-memes et réconciliation avec elles-memes d’innombrables collectivités humaines. Ce que l’on attend d’elle, c’est un jaillissement de forces neuves en meme temps que l’espoir d’une nouvelle « philosophie de la terre », d’un remodelage plus harmonieux du globe. Une « différenciation » fructueuse viendra avec un échange fécond d’influences, se substituer à la morne uniformité imposée par l’homme blanc du XIXe siècle.  » La pensée de Berque est en cela caractéristique de l’optimisme attaché aux indépendances. A cinquante ans de distance, force est de constater l’hégémonie de  » la morne uniformité imposée par l’homme blanc  » (en précisant toujours qu’à la marge se manifeste toutes sortes de remodelages/métissages : Gruzinski).

EU : les messianismes sont  » traversés par un trait à peu près constant : celui du retour ou de la répétition. Le nouveau règne messianique est une réédition en avant d’un régime plus ou moins identique expérimenté en arrière. Cette référence peut concerner une fondation antérieure : celle, par exemple, du christianisme dit primitif, celle d’une période économico-sociale d’avant les catastrophes déplorées, celle d’un monde originel (paradis perdu) ou celle du monde submergé par le colonisation ou les guerres, des ancetres vertueux et indépendants. Il est rare que, dans sa nouveauté meme, le règne messianique n’en appelle pas du présent à un passé lointain, inconnu, oublié ou inconscient pour fonder son projet d’avenir. Il n’évoque un point oméga qu’en invoquant un point alpha.  »

L’article de l’EU souligne la  » volatilité  » des messianismes : difficulté de dénombrement (question des sources), mais aussi propension à ce que leur histoire (les faits) soient transformés par la mémoire (résistance des messianismes à l’  » histoire « )

L’attente :
Dans ces travaux des années 50/60 se formule une  » sociologie de l’attente  » (Desroches) laquelle s’appuie sur cette remarque de Marcel Mauss :  » … permettez-moi de vous signaler l’un des phénomènes sur lesquels nous avons besoin de vos lumières, dont l‘étude est la plus urgente pour nous, et qui précisément suppose cette considération de la totalité de l’homme ! son corps, ses instincts, ses émotions, ses volontés et ses perceptions et son intellection : l’attente, que nous autres sociologues ou zélateurs de la psychologie collective ne confondons pas avec l’attention…
L’attente est un des phénomènes de la sociologie les plus proches à la fois du psychique et du physiologique, et c’est en meme temps l’un des plus fréquents.
Attente, toute une partie du droit. Emmanuel Lévy l’a bien démontré : le droit de responsabilité civile est une attente ; mais la violation des lois, le crime, n’est qu’une infraction de l’attente, car les gens s’attendent toujours à ce que ni les lois ni les choses ne changent. Et l’idée d’ordre n’est que le symbole de leurs attentes déçues et (in « )satisfaites. M. Bergson a développé l’idée en ce qui concerne le comique. Elle est déjà dans Aristote ; celui-ci proposait la théorie si simple et si juste de la purification, au fond de la purgation de l’attente, qui justifie de nombreux rites et l’emploi – autrefois rituel – du comique et du tragique. Toute une immense part des effets de l’art, du roman, de la musique, des jeux, tout l’exercice des passions fictives, remplacent ainsi chez nous les sombres drames de la passion réelle, barbare, antique ou sauvage. Meme les faits économiques sont par tout un coté des phénomènes d’attente : la loterie, la spéculation, le crédit, l’escompte, la monnaie (dont on croit qu’elle courra) correspondent à des attentes. Au point de vue de la sociologie générale, on pourrait citer des états de tension populaire ; ce qu’on appelle la tension diplomatique ; le « garde à vous » du soldat dans les rangs ou au créneau. En technologie, voyez l’anxiété qui accompagne la plupart des travaux techniques.
En particulier l’étude de l’attente et de l’illusion morale, les démentis infligés à l’attente des individus et des collectivités, celle de leurs réactions est féconde…
Une bonne description psychologique et surtout physiologique nous permettra de mieux décrire ces « anxiétés vagues » – on les croit folles – ces images précises qui les remplacent, et ces mouvements violents et ces inhibitions absolues que l’attente cause en nous. Ces faits sont rares dans cette vie heureuse, laique et civile qui fut la notre. Mais la guerre nous a fait sentir et vivre durement des expériences de ce genre. Elles devaient etre et elles sont encore plus fréquentes dans les vies des hommes qui nous entourent et dans celles de ceux qui nous ont précédés.
Enfin, l’attente est un de ces faits où l’émotion, la perception, et plus précisément le mouvement et l’état du corps conditionnent directement l’état social et sont conditionnés par lui. Comme dans tous les faits que je viens de vous citer, la triple considération du corps, de l’esprit et du milieu social doivent aller de pair.
Si l’un de vous, messieurs, voulait bien nous éclairer sur des faits de ce genre, je ne croirais pas avoir, ce soir, abusé de votre… attente et vous auriez comblé la mienne.  » Rapports réels et pratiques de la psychologie et de la sociologie. Communication présentée le 10 janvier 1924 à la Société de Psychologie.

Revenir sur la dimension du corps signalée par Mauss. Ce que ce vieux kanak disait à Maurice Leenhardt : ce que vous nous avez apporté ce n’est pas l’esprit, c’est le corps. [passer par Artaud « ]

Une espérance de désespérés.

a L’espace
L’espace de vie : la nation, la patrie. Le choc d’avec les notions de peuple, nation, souveraineté populaire, égalité.
Le  » règne  »
Il est significatif que la  » découverte  » de Mulhman sur les messianismes débute par une interrogation sur les nationalismes émergeant après la colonisation : lien entre la promesse et la nation.

Quelque chose de l’épidémie dans le messianisme.

a La marchandise
Refus de la monnaie

a L’écriture
Repasser par une réflexion sur l’écriture : le messianisme vient aussi aux peuples par l’écriture, par le Livre : voir ce que Christian Culas dit des prophètes inventeurs d’écriture (comme ce chef bororo évoqué par Lévi-Strauss,  » écrivant  » des lignes serpentines.)

Les précédents :

Antiquité
07/06/06
Eneide p. 147-148 – Anchise décrit à Enée, le futur de Rome, lui annonce l’empire à venir, qui est aussi comme une restauration de l’age d’or :  » Tourne maintenant tes yeux par ici : regarde cette nation ; ce sont tes Romains. Voici César et toute la descendance d’Iule, destinée à venir sous la grande voute du ciel. Voici le héros, voici celui que si souvent tu entends qu’on te promet, Auguste César, fils d’un dieu ; il recréera l’age d’or dans le Latium, parmi les campagnes où régna jadis Saturne ; il étendra son empire plus loin que le pays des Guaramantes et des Indiens, sur les terres qui s’étendent au-delà des constellations, au-delà des routes du soleil et de l’année, et où Atlas qui porte le ciel fait tourner sur son épaule l’axe du monde semé d’étoiles étincelantes.  » Ensuite, évocation de Hercule, et de Dionysos, conquérant de l’Inde.

Moyen-age
Si saint Augustin a été le liquidateur du millénarisme chrétien primitif, c’est le concile de Trente qui liquide les millénarismes médiévaux. Le Moyen Age se caractérise par une relative tolérance pour l’expression des croyances et attentes variées.

19/03/06
Pour Renan, il existe un  » messianisme celtique  » : une attente. L’aventure, la quete de l’infini, l’ivresse. Dogme de la résurrection des héros. Au moment où le christianisme supplante les vieilles croyances celtiques, où l’organisation romaine submerge l’organisation sociale préexistente, fuite dans l’imaginaire. C’est encore le cas à la Révolution puis au XIXe siècle avec l’arrivée du chemin de fer en Bretagne [à ce moment, coincidence, captation des signes quand le besoin s’en fait sentir : Pascal Piéto me rappelle, au hasard, qu’en breton le chemin de fer s’appelle  » Tan Mac’h  » : cheval de feu.] puis avec l’imposition du français sous Jules Ferry.  » Cette main qui sort du lac quand l’épée d’Arthur y tombe, qui s’en saisit et la brandit trois fois, c’est l’espérance des races celtiques. Les petits peuples doués d’imagination prennent d’ordinaire ainsi leur revanche de ceux qui les ont vaincus. Se sentant forts au-dedans et faibles au-dehors, ils protestent, s’exaltent, et une telle lutte décuplant leurs forces les rend capables de miracles. Presque tous les grands appels au surnaturel sont dus à des peuples espérant contre toute espérance.  »

Voir  » mouvement de la paix de Dieu  »

10.09.05
Voir ce que c’est que ces Vaudois (hérésie XIIe siècle). [Michelet, Le Moyen Age] p. 318.

Joachim de Fiore et le joachimisme (meurt en 1202).

Voir aussi Norman Cohn, repris par Greil Marcus p. 339 et suiv. sur l’hérésie de Heinrich Suso (vers 1295-1366)

Renaissance
Jean de Leyde dans Munster assiégée. Millénarisme égalitaire.
Anabaptises. (Munster, XVIe siècle, Jean de Leyde, etc.)

Thomas Munzer et la révolte des paysans (étudiée par Engels). Voir Ernst Bloch.

Age classique
Messianisme – millénarisme chez Michelet, Histoire de la Révolution vol. II p. 161 exemple des Cévennes à la fin du XVIIe siècle :  » Le phénomène effrayant d’un peuple tombant du haut mal frappé d’épilepsie.  »

Age révolutionnaire (révolution industrielle)
Left-wingers : levellers, diggers, premiers quakers.

Voir aussi Maurice Barrès, La Colline inspirée qui raconte l’histoire d’une hérésie dans les Vosges au XIXe siècle.

Figure de l’antéchrist.

Trains du monde
l Transsibérien (sommes-nous bien loin de Montmartre « )
Ferro, p. 505 :  » […] dès l’époque tsariste, avec la multiplication des lignes de chemin de fer, les colons russes s’installent le long de ces voies ferrées, ce qui suscite des mouvements de résistance pas seulement chez ceux qui ne s’étaient jamais considérés comme des Russes / Finnois, Tatars, Géorgiens, etc., mais aussi chez les Ukrainiens, les Mordves, les Mari…  »
l Orient-Express (Constantinople-Bagad) (gare de Bagdad par les Allemands) [ou plutot ramener cet exemple dans la proximité de Lawrence d’Arabie]
Lénine, L’impérialisme stade supreme… place des chemins de fer : intro p. 6 + chapitre VII.
Page 65 :  » L’éditeur de Die Bank, Alfred Landsburgh, écrivait en 1909 un article : « La signification économique du byzantinisme », traitant notamment du voyage de Guillaume II en Palestine et « de sa conséquence immédiate, le chemin de fer de Bagdad, cette fatale « grande « uvre de l’esprit d’entreprise allemand », qui a plus fait pour l’ »encerclement » que tous nos péchés politiques pris ensemble ». (on entend par encerclement la politique d’Edouard VII, tendant à isoler l’Allemagne dans le cercle d’une alliance impérialiste anti-allemande).  »
Page 110 : Lénine traquant le développement du capital financier le long des voies de chemins de fer du monde entier :  » Les statistiques de chemins de fer offrent des données d’une précision remarquable sur les différents rythmes de développement du capitalisme et du capital financier dans l’économie mondiale  » (voir tableau).

Lecture de Muhlmann :
Dans sa préface, Muhlmann rattache les messianismes du tiers-monde à un continuum révolutionnaire :  » ils (les mouvements messianiques) ne sont rien d’autre que les prolongements et les protubérances de cette vague de soulèvements et de révoltes qui commence chez nous dans le Haut Moyen Age avec les sectes millénaristes d’une part, les mouvements gnostiques et manichéens d’autre part, se poursuit avec les hussites et les anabaptistes, se déploie victorieusement avec la grande Révolution française et trouve sa conclusion provisoire dans la Révolution russe d’Octobre. Que le « nationalisme » des peuples orientaux et primitifs soit d’importation européenne, on l’a souvent observé, mais ceci ne va pas au fond. Il importe de voir dans ce « nationalisme » le vaste fondement d’un Esprit de Révolution, et d’y reconnaître un phénomène d’origine européenne qui plonge ses racines dans des structures spirituelles et religieuses bien déterminées, et qui a déployé au cours de l’histoire de l’humanité une force offensive et contagieuse grandissante, et il faut bien le dire : dévastatrice.  » (p. 16-17)

I / AMERIQUES

1 Amériques du Sud

Articulation vers le XVIe s. par le cheval. Car, avant de répandre le cheval à vapeur sur tous les continents ils introduisirent le cheval tout court. Le cheval qui se répandit sur tout le continent (américain).

Généralités
Ferro p. 61 : conquete espagnole. Idée d’un abandon des dieux. D’un effondrement du monde :  » Ils demandèrent aux dieux de leur accorder leurs faveurs et la victoire contre les Espagnols et leurs autres ennemis. Mais il devait etre trop tard parce qu’ils n’eurent plus de réponse dans leurs oracles ; alors ils tinrent les dieux pour muets ou morts.  » Or les rois aztèques ne communiquaient qu’avec les dieux. Pas avec les hommes. Le principal message que Montezuma envoie aux Espagnols est qu’il n’y ait pas d’échanges de messages (ou que cet échange est impossible). Une fin de non recevoir. Une impossibilité. Quand il entend les récits de l’arrivée des Espagnols,  » il demeura comme s’il était muet ou mort. Il fait savoir qu’il est prêt à accorder aux Espagnols tout ce qu’ils veulent, mais qu’ils renoncent au désir de venir le voir car les rois ne doivent jamais apparaître en public. [voir Bataille sur les Aztèques]. Or, plus les Aztèques donnaient d’or et des bijoux pour que l’étranger parte – et plus l’étranger fasciné pénétrait le pays, voulait saisir leur roi. Habitué à communiquer avec les dieux, pas avec les hommes, le roi convoque ses pretres et ses sorciers, qui ne peuvent pas ne pas avoir prévu cette conquete, cette défaite [car tout ceci, messages, divination, est une histoire de sens, d’envoutement, de sens de l’histoire, de chocs d’envoutements contraires, contradictoires] perçue comme un événement surnaturel.  » Seule manière, en un sens, d’intégrer le passé aztèque dans le présent.  »

Todorov, La conquete de l’Amérique, p. 151 : raconte la déportation des Lucayens (d’après Pierre Martyr) :  » les habitants des actuelles iles Bahamas, qui croient qu’après la mort leurs esprits s’en vont dans une terre promise, dans un paradis, où toutes les jouissances leur sont offertes. Les Espagnols, qui manquent de main d’ »uvre et qui ne parviennent pas à trouver de volontaires, saisissent rapidement le mythe et le complètent à leur propre avantage.  » Dès que les Espagnols eurent connaissance des naives croyances des insulaires au sujet de leurs ames qui, après l’expiation des fautes, doivent passer des montagnes glacées du nord aux régions du midi, ils s’efforcèrent de leur persuader d’abandonner d’eux-memes leur sol natal et de se laisser conduire aux iles méridionales de Cuba et d’Hispaniola. Ils réussirent à les convaincre qu’ils arrivaient eux-memes du pays où ils retrouveraient leurs parents et leurs enfants défunts, tous leurs proches ainsi que leurs amis, et jouiraient de toutes les délices au milieu des embrassements de ceux qu’ils avaient aimés. Comme leurs pretres les avaient déjà pénétrés de ces fausses croyances, et que les Espagnols les confirmaient, ils quittèrent leur patrie, courant après cette vaine espérance. Dès qu’ils eurent compris qu’on avait abusé d’eux, puisqu’ils ne retrouvaient ni leurs parents ni personne de ceux qu’ils désiraient et étaient, au contraire, forcés de subir de lourdes fatigues et d’exécuter de durs travaux auxquels ils n’étaient pas habitués, ils tombèrent dans le désespoir. Ou bien ils se suicidaient, ou bien ils décidaient de mourir de faim et périssaient d’épuisement, se refusant à toute raison et meme à la violence pour prendre de la nourriture. […] Ainsi périrent ces infortunés Lucayens.  »

EU Amérique :  » Aidés à leur insu par les prophéties qui annonçaient le retour de héros mythiques, Quetzalcoalt ou Viracocha, Cortés et Pizarro ont pu pénétrer sans coup férir jusqu’au c »ur meme des empires indigènes. Parvenus jusqu’à ce point, ils jouent tout sur un coup d’audace : lorsque Cortés séquestre Moctezuma dans son propre palais, en novembre 1519, les réactions de défense des Mexicains en restent pour longtemps paralysées. La capture d’Atahualpa dans le guet-apens de Cajamarca, le 16 novembre 1532, scelle en quelques heures le destin de l’empire des Incas. Lorsque les Indiens prennent conscience de ce qui est en jeu – leur liberté et leur survie comme peuple – et qu’ils engagent la bataille décisive, il est toujours trop tard : Cuauthémoc n’est qu’un assiégé héroique, et, au Pérou, la révolte générale des Indiens, un sursaut désespéré mais vain.  »

Etonnant comme les conquérants sont tellement pénétrés de la foi chrétienne, une foi ardente, guerrière, qu’ils se présentent presque innocemment devant leurs interlocuteurs, Cortès devant Moctézuma, Pizzaro devant Altahualpa, et leurs tiennent des discours théologiques, comme si l’évidence de la vérité devait entrainer conversion immédiate.

Voir Jérome de Mendieta : nouvelles chrétientés latino-américaines : Histoire de l’Eglise indienne.

Mexique
Chilam Balam
Annonce de l’arrivée des Blancs.
Ferro p. 280 : au Mexique :  » christianisme indigène qui sous la direction d’hommes-dieux prend la forme radicale des mouvements messianiques contre la domination coloniale en annonçant l’élimination des incroyants, c’est-à-dire des Espagnols.  »
Nathan Wachtel p. 40 : extrait de Chilam Balam :
 » Dans le 13 Ahau, à la fin du katun, sera bousculé l’Itza et roulera Tancah, père.
En signe de l’unique dieu d’en haut, arrivera l’arbre sacré [la branche], se manifestant à tous pour que le monde soit illuminé, père.
… Quand ils lèveront leur signal, en haut, quand ils le lèveront avec l’arbre de vie [l’arbre de mort], tout changera d’un coup. Et le successeur du premier arbre de la terre apparaitra et, pour tous, le changement sera manifeste.  »
Comme le dit joliment Wachtel, le Chilam Balam est une  » prophétie rétrospective « . [cet ange de l’histoire dont parle Benjamin]
 » Arrivent les Blancs. Rouge est leur barbe. Ce sont les fils du Soleil. Ils sont barbus. Ils viennent de l’Orient ; quand ils arrivent dans ce pays ils sont les seigneurs du pays.  »

Partout, donc les dieux meurent. Le traumatisme de la Conquete se définit par une sorte de  » dépossession « , l’univers traditionnel soudain anéanti. (Wachtel p. 55).

Wachtel p. 50. C’est un effondrement du temps [se souvenir de cette représentation du temps chez les Incas comme une matière].  » Cette nostalgie est éprouvée quotidiennement au niveau élémentaire, si fondamental chez les Mayas, de la mesure du temps. Il est frappant que le Chilam Balam ou le Memorial de Solola s’acharnent à conserver l’antique décompte des katun, alors que la chronique de Chac Xulub Chen adopte le calendrier chrétien : mais cette dernière, précisément, évoque avec tristesse la tradition désormais morte, celle qui ordonnait d’ériger une stèle tous les vingt ans pour fixer le commencement de chaque katun.  » Idée d’un temps devenu fou. Et de l’espace.  » … Chatrer le soleil ! C’est cela qu’ils sont venus faire, les étrangers  » (Chilam Balam). Un thème à la Bataille.

Prescott, p. 58 :  » Le premier archeveque de Mexico, don Juan de Zumarraga […] rassembla ces peintures de tous les points du pays, et principalement de Tezcuco, la ville la plus policée de l’Anahuac, et le grand dépôt des archives nationales. Après les avoir fait entasser comme une « montagne » – c’est l’expression meme des écrivains espagnols -, la place du marché de Tlatelolco, il les réduisit en cendres ! […] Les soldats illettrés s’empressèrent d’imiter l’exemple du prélat. Toute charte, tout volume qui tombaient dans leurs mains, étaient détruits.  »

Prescott, p. 112 :  » Son grand étendard, (à Cortès) de velours noir brodé d’or, portait une croix rouge au milieu de flammes bleues et blanches, et en dessous cette légende en latin : « Amis, suivons la croix ; et si nous avons la foi, nous vaincrons par ce signe » « .

Prescott, p. 229 :  » On eut dit que ces etres étranges – cette poignée d’hommes -, qui avaient fait irruption dans son empire (à Moctézuma), étaient tombés de quelque lointaine planète, tant, par leur aspect et leurs manières, ils différaient de tout ce qu’ils avaient jamais vu, tant ils étaient supérieurs en force, en science et dans toutes les ressources de la guerre, aux peuples réunis de l’Anahuac !  »

Sahagun
Introduction  » En accord avec l’inspiration spirituelle qui a présidé à la fondation de leur ordre, les franciscains donnent à leur mission d’évangélisation une signification eschatologique. Le monde est au seuil du troisième age, de ce « temps de la compréhension spirituelle » promis par Joachim de Flore et dont saint François apparut comme le porteur. La découverte de l’Amérique annonce la venue du Millénium prédit par l’Apocalypse. Il appartient aux Indiens de former le peuple fidèle par lequel s’accomplira la promesse. L’ère nouvelle doit s’ouvrir par leur conversion. Mais il faut, et ce point est capital, que soit démontrée leur appartenance à l’humanité dont le Livre sacré porte témoignage. [il faut donc connaître les Indiens…] Ils se heurtent bientôt à la mauvaise volonté des colons et à celle des dominicains qui, sans toujours percevoir le dessein millénariste qui l’anime, estiment leur projet plein de périls. Quant à la couronne, dont l’opinion est évidemment décisive, elle va passer par diverses attitudes : méfiance d’abord, puis, retournement, elle encourage les franciscains et organise un vaste questionnaire concernant tous les aspects de la vie des Mexicains ; enfin, à partir de 1577, elle revient en arrière et interdit toute recherche.  » Voir aussi Mendietta.

[En 1511, naufrage de Valdivia. Quelques Espagnols s’échouent. Gonzalo Guerrero et Geronimo de Aguilar sont recueillis par les Indiens. Guerrero épouse la fille du cacique Chetumal et décide d’achever sa vie parmi les Mayas]

Pérou
Dans l’empire Inca (Tawantinsuyu), la venue des Espagnols est annoncé par des prodiges et des prophéties. Tremblements de terre. Raz de marée. Foudre frappe le palais de l’Inca. Dans le ciel, observation de comètes effrayantes. On avertit l’empereur que des etres d’aspect étrange viennent d’arriver sur la cote (sans doute deuxième expédition de Pizarro, en 1527, et son débarquement à Tumbez). La nouvelle rappelle à Huayna Capac (onzième inca) la prophétie de son ancetre Viracocha, le huitième Inca. Celui-ci avait prédit que lors du règne du douzième Inca, des hommes inconnus envahiraient et détruiraient l’empire. (Wachtel p. 41). Avant de mourir Huayna Capac recommande à ses sujets de se soumettre aux nouveaux venus. Ceux-ci furent appelés  » Viracochas  » (retour des dieux)
Les Incas ne connaissent pas l’écriture. Episode du message envoyé par Almagro à Atahualpa : (Wachtel p. 73) intrigué il porte à son oreille cette  » feuille de mais  » écoute attentivement et avoue qu’il n’entend rien. Puis la lettre passe de main en main ; tandis qu’elle circule l’Inca et ses dignitaires en font une description étonnante : « Vue de ce coté, c’est un grouillement de fourmis. Je la regarde de cet autre coté, et il me semble que ce sont les traces que laissent les pattes d’oiseaux sur les rives boueuses du fleuve. Vue ainsi on dirait des cerfs, la tete en bas et les pattes en l’air. Et si on la regarde seulement ainsi, elle ressemble à des lamas qui baissent la tete, et à des cornes de cerf. »  » Cet autre événement : lorsque le père Valverde présente la Bible à Atahualpa : celle-ci reste muette pour l’Inca. Lors de l’entrevue entre Pizarro et Atahualpa, le père Valverde offrit une bible à l’Inca. Celui-ci prit le mystérieux objet, l’ouvrit, l’écouta, n’entendit rien et le jeta à terre. Ce fut le signal du massacre. Page 230 :  » On connaît le fameux récit de Garcilaso de la Vega, décrivant la rencontre entre le père Valverde et Atahualpa : l’interprète Felipillo « pour dire Dieu, Trinité et Unité, dit : Dieu, trois et un font quatre, faisant la somme pour se faire comprendre. »  »
Bhabha p. 170 sur la traduction :  » Là, les langues hybrides de l’espace colonial font que meme la répétition du nom de Dieu devient étrange :  » Chaque terme indigène que peut employer le missionnaire chrétien pour communiquer la vérité divine est déjà approprié au symbole choisi d’une mortelle erreur contraire. Vous variez votre langage et dites aux indigènes qu’il doit y avoir une seconde naissance. Or il se trouve que ce terme, comme toute phraséologie similaire, est déjà pris. La communication des Gayatri, ou des vers les plus sacrés de Védas constitue métaphoriquement la seconde naissance des indigènes. Le langage que vous cherchez à améliorer risque de dire en substance que tous doivent devenir de parfaits Brahmanes afin de pouvoir contempler Dieu. »  » (citations tirées de Alexander Duff, missionnaire en Inde au XIXe siècle).

Mise à mort d’Atahualpa (étranglé ou décapité « ).

1533, année où Atahualpa meurt, le pape Clément VII commande à Michel-Ange le Jugement dernier de la chapelle Sixtine.

Sur l’épisode de la Bible : à la relecture du chapitre VI de Homi Bhabha.

La marchandise : les Incas ne connaissaient pas la monnaie (W p. 115) : troc, tribut et échanges réciproques. Voir aussi p. 184 et suiv.

La démographie s’effondre (W. p. 136 et suiv.)

Les morts (W p. 210) :  » Les Indiens, traditionnellement, ne pratiquaient pas l’inhumation ; ils déposaient leurs morts dans des abris en forme de ruches, creusés à flanc de falaise, ou dans des tombes à toit vouté, ou dans des cavernes ; une porte protégée par des pierres isolait le corps. Celui-ci recevait les offrandes de ses parents, qui venaient lui demander protection. Or les missionnaires contraignirent les indigènes à enterrer leurs morts dans des cimetières consacrés : les Indiens durent obéir, mais avec horreur : « Pris de désespoir, ils déterraient les cadavres la nuit pour les transporter dans leurs anciennes sépultures. A des pères jésuites qui leur demandaient pourquoi ils agissaient ainsi, ils répondirent : « Par pitié, et par commisération pour nos morts, afin qu’ils ne soient pas fatigués par le poids de la terre. »  »

Auteurs incas :  » Garcilaso de la Vega (Commentarios reales, 1609), le père Blas Valera, Juan de Betanzos, professeur de quechua, fils du chroniqueur Juan de Betanzos et de dona Angelina, fille d’Atahualpa.  » Poma de Ayala Nueva Coronica, v. 1614.

Ce personnage, Martin Garcia de Loyola, neveu de saint Ignace, mari de la princesse Béatrice, vainqueur de Tupac Amaru, mort dans une insurrection araucane, sa tete promenée au bout des piques… (W p. 289)

 » Danse de la Conquete  »
Rejoue la conquete. La danse peut se terminer par la résurrection d’Atahualpa. La Danse a un aspect messianique (p. 72).  » Un mythe, secrètement répandu parmi les Indiens du Pérou et de Bolivie, raconte qu’après la mort d’Atahualpa la tete de celui-ci fut tranchée, portée à Cuzco et enterrée. Mais sous terre, la tete grandit, un corps pousse. Quand celui-ci sera complètement reconstitué, l’Inca sortira de terre, les Espagnols seront chassés et l’ancien Empire rétabli.  » (p. 75)

Métraux :  » Les peuples assujettis, dont les cultures et les croyances sont écrasées par la conquete d’envahisseurs, ont tendance à transformer leur nostalgie d’un passé heureux en des reves dynamiques orientés vers un futur qui leur restituera leur gloire première et confondra leurs ennemis.  » (cité par Desroches p. 19) : voir aussi Mircea Eliade :  » Renouvellement cosmique et eschatologie « .

Mouvement du Taqui Ongo
Nathan Wachtel p. 269 et suiv. Dans le sillage de la révo lte de Vilcabamba (empire néo-inca), dans les provinces soumises aux Espagnols, dans les années 1560-1570, mouvement millénariste peu violent (mais allié à la guerre néo-inca).  » renaissance de la culture indigène traditionnelle, mais transformée, réorientée dans le sens d’une révolte et d’une libération.  » D’abord provinces du Pérou central, région de Huamanga, puis extension jusqu’à Lima à l’ouest, Cuzco à l’est, La Paz au sud. Aurait été fomenté par les sorciers de Vilcabamba et l’Inca en rébellion. Les messagers de Titu Cusi prechent la résurrection de Pachacamac (mais il y a autonomie entre la secte et la guerre néo-inca).
Annoncent la fin de la domination espagnole. Réveil de la religion traditionnelle contre le christianisme. Le Dieu chrétien a créé l’Espagne, les animaux, la nourriture d’origine espagnole mais les huaca ont créé l’empire Inca, les indiens, les animaux et la nourriture autochtones. C’est bien l’idée d’un retour :  » Quand le Marquis (Pizarro) arriva en cette terre, Dieu avait vaincu les huaca et les Espagnols avaient vaincu les Indiens : mais maintenant le monde accomplissait son retour, Dieu et les Espagnols seraient cette fois vaincus et tous les Espagnols tués, leurs villes englouties et la mer allait gonfler pour les noyer et abolir leur mémoire.  » (Molina).
Le dieu chrétien termine sa mita (tour de commandement) et les huaca recréeront un autre monde et d’autres hommes.  »  » Rappelons que pour les anciens Péruviens quatre soleils et quatre humanités ont précédé l’Empire Inca ; chacun de ces ages a duré mille ans et la fin de chacun d’eux a été marquée par d’immenses catastrophes. Or, d’après une version rapportée par Sarmiento de Gamboa, l’Empire inca aurait été fondé à une date qui correspond à l’année 565 de l’ère chrétienne ; celui-ci a été détruit par des etres étranges, blancs et barbus ; et c’est en 1565, mille ans après la fondation de l’Empire inca, que Cristobal de Molina situe l’apogée du mouvement Taqui Ongo : la catastrophe provoquée par la Conquete espagnole n’annonce-t-elle pas le règne d’un nouveau soleil et la naissance d’une nouvelle humanité  » Ce n’est pas un hasard si, en 1565 précisément, Titu Cusi prépare un soulèvement général des Indiens. [cette numération ne peut avoir de sens que si les Indiens intègrent le calendrier chrétien]
Page 273 :  » Le projet de révolte s’appuie sur un schéma mental traditionnel, qu’il interprète dans un sens renouvelé pour répondre à la situation coloniale. Depuis la conquete les huaca ne reçoivent plus les sacrifices rituels, elles errent abandonnées, « desséchées et mortes de faim ». Pour se venger elles enverront la maladie et la mort à tous les Indiens qui ont accepté le bapteme ; ceux-ci erreront à leur tour, tete en bas et pieds en l’air, ou se transformeront en lamas ou en vigognes. Dans l’Empire promis, seuls seront admis les Indiens fidèles au culte des huaca, qui leur apporteront santé et prospérité.  » Mais dans ce refus, le Taqui Ongo intègre des éléments chrétiens :  » Nous apprenons en effet que le chef principal du mouvement, Juan Chocne, est assisté dans sa prédication par des Indiennes qui se font appeler « sainte Marie », ou « sainte Marie-Madeleine » et révérer comme telles.  » [ceci identifie ce Juan Chocne au Christ, encore un Christ inférieur des folles espérances].
La restauration de l’empire inca n’est pas un retour à l’identique : au lieu de la quadripartition traditionnelle, il sera fondé sur une dualité : la huaca de Pachacamac, et la huaca du lac Titicaca. Traditionnellement les huaca sont localisées dans les rochers,, les sources, les lacs, les Indiens adorent ces objets sacrés, extérieurs à eux-memes. Or, dans le Taqui Ongo, la divinité se trouve intériorisée. Etat de possession avec transes : (p. 275)  » l’Indien dont le corps abrite une huaca entre dans une sorte d’extase, perd l’esprit, erre comme un fou ; il se roule à terre, grimace, chante, et danse à la ronde ; il prophétise et preche le retour à l’ancienne religion. Des cérémonies ont lieu en l’honneur du « possédé » qui devient lui-meme un objet sacré ; par son exemple, il proclame une rupture avec sa vie terrestre antérieure : il accède au salut. Les Indiens lui adressent des offrandes, de grandes fetes les rassemblent pendant deux ou trois jours et ils dansent et chantent en invoquant la huaca incarnée.  » Prédication de village en village.
Répression violente : l’Eglise les considère comme secte hérétique et d’apostats. Les chefs furent fouettés et/ou tondus. Les traces de Taqui Ongo s’effacent dans les années 1570. Sans doute contrecoup de la capture et de l’exécution du dernier Inca de Vilcabamba, Tupac Amaru, à Cuzco, en 1572 (22 ou 23 septembre) : description à réécrire p. 277 ; La mort de Tupac Amaru rejouant sur le mode mineur mais visible celle de Atahualpa majeure mais occulte.
P. 298 : l’analyse du Taqui Ongo conduit d’abord à le replacer dans un cadre traditionnel : culte des huaca, succession des mondes et des soleils, temps cyclique ; mais tout en se manifestant comme reprise des anciennes structures mentales, le mouvement les réinterprète dans un sens original, absolument neuf, celui précisément d’une révolte : l’Empire attendu se définit par l’expulsion des Espagnols. En meme temps la religion indigène revet des aspects nouveaux, aussi bien dans les rites (danses extatiques) que dans les croyances (incarnation des huaca) ( » vous nous avez apporté le corps « ).

Sources :  » Sur le Taqui Ongo les sources principales sont constituées par les  » Informaciones de servicios  » du visiteur Cristobal de Albornoz, conservées aux Archives générales des Indes, Audiencia, Lima, legajo 316 ; ces documents comportent trois cahiers, datés de 1571 (63 folios), de 1577 (11 folios) et de 1584 (57 folios) ; du meme Cristobal de Albornoz nous disposons de la  » Instruccion para descubrir todas las guacas del Piru y sus camayos y haciendas  » publiée par Pierre Duviols dans le Journal de la Société des Américanistes, 1967, p. 7-39 ; le chroniqueur Cristobal de Molina (cité comme témoin des  » Informaciones  » d’Albornoz) consacre également un long passage au Taqui Ongo Relacion de las fabulas y ritos de los Incas, Lima, 1916, p. 96-101 – Voir sur ce mouvement les articles de Luis Millones, S. G. :  » Un movimiento nativista del siglo XVI : el Taqui Ongoy « , Historia y cultura, Lima, 1965, n » 1, p. 138-140.

Pierre Duviols dans le Journal de la Société des Américanistes, 1967, p. 7-39 : ce personnage de Cristobal de Albornoz. Né en Castille vers 1520-1530, termine sa carrière comme coadjuteur de l’éveque de Cuzco, Sebastian de Lartaun, et après la mort de celui-ci en 1582, comme vicaire général de cet éveché. Il brigua longtemps et sans succès une mitre d’éveque. C’était lui qui avait pris la plus grande part, à partir de 1568, alors qu’il était visiteur général ecclésiastique, à la répression de l’insurrection indigène, à la fois religieuse et politique, connue sous le nom de Taqui-Ongo. Albornoz fut le premier au Pérou à se spécialiser dans l’extirpation de l’idolatrie. Parcourant le sud du pays, il faisait détruire adoratoires et idoles, dressait la liste des objets du culte défendu, celle des pretres et des fidèles clandestins. Il infligeait des chatiments aux coupables en s’inspirant de la tradition du Saint-Office. Ses états de service rendent compte du nombre de coups de fouet et évoquent les sorciers coiffés du bonnet d’infamie et contraints à chevaucher un lama à travers les rues du village.
Le foyer du Taqui-Ongo est la province du Lucanas.
 » Vecitador Xpotobal de Albornos becitador general de la Sancta yglesia. Este fue brabo jues y castigo a los padres cruelmente, a los soberbiosos y castigo a los demonios guacas ydolos de los yndios y lo quebro y quemo y coroso a los hechiseros yndios yndias y castigo a los falsos hechiseros – y taqui oncoy – yllapa – chuquiylla … de todo castigo este bravo jues, no tomava cohechos ni rrobava ni llevava tronera ni aparto ; fue llano, santo hombre temeroso de dios y ansi hizo todo servicio de Dios en este rreyno…  »
Ici aussi la puissance du documentaire et de l’archive (les enquêtes) : des Indes à Madrid. Archivo de Indias (Séville). [mise en relation avec Homi K. Bhabha, p. 160 : John Stuart Mill, correspondant de la Compagnie des Indes orientales et prosélyte du libéralisme :  » Le gouvernement tout entier de l’Inde s’exerce par l’écriture. Tous les ordres sont donnés et tous les actes des cadres supérieurs sont rapportés par écrit.  » + système d’achivage : il y a là une mise en relation avec le Livre et la réaction d’Atahualpa.
Premier traité d’extirpation à l’usage des évangélisateurs du Pérou, Joseph de Arriga, La Extirpacion de la idolatria en el Peru, 1621.
Le 16 juin 2010 je lis dans une interview de Carlo Ginzburg : « j’ai découvert qu’entre l’historien et l’inquisiteur il y a parfois une relation complexe : j’éprouvais une identification émotionnelle avec les accusés, et une proximité intellectuelle troublante avec les inquisiteurs. Lorsque j’ai écrit les benandanti, j’avais une bonne conscience qui m’a ensuite abandonné quand je me suis rendu compte de cette inconfortable proximité. J’ai d’ailleurs écrit un article, inédit en français, intitulé « L’inquisiteur en tant qu’anthropologue » où j’ai souligné ces problèmes. »
http://www.laviedesidees.fr/Les-contraintes-invisibles.html

Todorov p. 221 :  » Une autre leçon de Cortés n’est pas oubliée : avant de dominer, il faut s’informer. Cortés lui-même n’a pas manquer d’expliciter cette règle dans des documents postérieurs à la conquête, ainsi ce mémoire adressé à Charles Quint (de 1537) : avant de conquérir une contrée, il faut, écrit-il, « s’assurer si elle est habitée et par quelle sorte de gens, et quels sont leurs religion ou rites et de quoi ils vivent, et ce qu’il y a dans les terres ». On entrevoit ici la fonction du futur ethnologue : l’exploration des ces pays conduira à leur (meilleure) esploitation, et on sait que l’Espagne est le premier pays colonial à appliquer systématiquement ce précepte, grâce aux enquêtes entreprises à l’instigation de la couronne. Une sorte de trinité nouvelle remplace, ou plutôt met à l’arrière-plan car il doit toujours rester prêt à intervenir, l’ancien conquistador-soldat : elle est formée par le savant, le religieux et le commerçant. Le premier s’informe de l’état du pays ; le second permet son assimilation spirituelle ; le troisième assure les bénéfices ; ils s’aident l’un l’autre et tous aident l’Espagne.  »

Ethnologie et patrimoine : de sorte que les ethnologues qui accompagnèrent la phaqe coloniale se trouvèrent vis à vis des populations qu’ils étudièrent, dans la situation de ces moines chrétiens du Moyen Age vis à vis des populations qu’ils évangélisaient, recueillant leurs anciennes mythologies (le moine Saemund recueillant la matière islandaise, le cycle arthurien, etc. sur les marges de l’empire) comme les ethnologues les mythologies des peuples d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Océanie. Comment l’on tue d’une main ce que l’on sauve de l’autre  » Même mouvement de tuer (figer, interrompre) et de sauver (faire vivre dans l’écriture, indéfiniment). Carlyle, p. 41 :  » On doit à Saemund – un des premiers prêtres chrétiens islandais – d’avoir rassemblé un grand nombre d’anciens chants païens qui commençaient à s’effacer des mémoires.  » On en dirait autant de Segalen, Malinowski, Griaule, Lévi-Strauss, etc.

Jeremy Mumford : Taqui Ongo ou Taki Onqoy ou Taqui Hongo :  » disease of the dance « . Disparut sans laisser de traces hormis quelques signes verbaux dans les archives de l’Espagne.
Vers 1574, Cristobal de Molina écrit un traité sur l’ancienne religion andine Relacion de las fabulas y ritos de los incas. Note dix ans auparavant un retour à l’ancienne religion, un rejet du christianisme, les fidèles de ce mouvement  » chantant une sorte de chant qu’ils appelaient Taqui hongo « .
Texte de Molina, Fabulas y mitos de los incas (édité par Urbano et Pierre Duviols, Madrid, 1989 (a été traduit en anglais) : les  » apostats  » disaient que les dieux des deux races étaient égaux, que notre Dieu notre Seigneur avait avaient fait l’Espagne et la Castille et les animaux et les produits alimentaires (sustenances) de Castille et que les huacas avaient fait les Indiens et cette terre et les produits d’avant.  » Et que les Indiens ne devaient pas manger les produits de Castille, ne pas y recourir pour les manger ou se vetir, ni entrer à l’église, ni répondre à l’appel des pretres, ni se donner des noms chrétiens. Refus du bapteme.
Fait important, signalé aussi par Wachtel, les  » huacas  » ne parlent plus à partir du paysage, des pierres ou des nuages, ou des sources, mais s’incarnent dans le corps des Indiens, avec des phénomènes de possession et de transes.
Cristobal de Albornoz, Informaciones de servicios.
Le leader, Joan Chocne ou Joan Chocna. Malgré l’interdit des noms chrétiens, on a ce témoignage (1570) de compagnes de Chocne appelées Santa Maria et Santa Maria Magdalena.

Pierre Duviols, La Lutte contre les religions autochtones dans le Pérou colonial. – Possibilité d’un poème à partir de la table des matières.
Mythe du passage d’un apotre au Pérou et de l’origine hébraique des Péruviens.
La destruction des idoles et l’origine du mot autodafé :  » auto de fe « . A travers l’autodafé (acte – jeu – foi), toucher la constitution du juridique chrétien. Toutes ces questions du droit au sujet des Indiens. Au coeur du Droit surgit la question de l’autre. Car l’extirpation de l’idolatrie était fondée en droit. Théologie – droit – loi.

Importance de la scène : la scène se rejouant : le meeting d’Hispaniola se rejouant : rencontre de Cajamarca le 16 novembre 1532 entre Pizzare et Atahualpa : le domicain Vincente de Valverde s’avançant, un livre saint à la main, lui parlant tout à trac des choses divines et de la vérité. L’Inca saisissant le livre et le jetant à terre. Le massacre qui s’ensuit. Importance majeure, dans cette scène, du traducteur.
Page 113 : sur le sens de Taqui ongo : entre le chant, la danse, la maladie et la constellation des Pléiades. Duviols fait le rapprochement avec la danse de Saint-Guy. Tarentelle. Extase. L’autre versant de l’homme : Molina :  » Beaucoup d’Indiens tremblaient et se roulaient par terre, d’autres se lançaient des pierres comme des endiablés avec des contorsions du visage, puis se prostraient soudain. Quand on approchait d’eux, qu’on leur demandait ce qu’ils ressentaient, ils répondaient que la huaca une telle était entrée dans leur corps. Alors on les prenait et on les portait en certain lieu particulier où on les installait sur de la paille et des couvertures, puis on les barbouillait de rouge et les Indiens venaient les adorer, leur apporter des lamas, du molle, de la chicha, de la llipta, du mollo et d’autres choses encore. Tout le village se mettait en fete pendant deux ou trois jours, dansait, buvait, invoquait la huaca que le patient avait dans le corps et veillait toute la nuit.  »
Fragments d’idoles à moitié brulées, réchappées des autodafés récupérés et de nouveau ramenés au c »ur du sacré.
Don Juan Chocne.
Mise à mort de Tupac Amaru Inca le 22 ou 23 septembre 1572. Description de l ’abjuration et de la mise à mort p. 132-133 : symétrie de l’épisode ou Atahualpa rejette le Livre. Exhibition de la tete tranchée de l’Inca.

Car, avant de répandre le cheval à vapeur sur tous les continents ils introduisirent le cheval tout court.

Amériques centrales
Aux Antilles
Césaire, Toussaint-Louverture, p. 38 : à Saint-Domaingue, à la fin du XVIIIe,  » un homme, un esclave, se disant envoyé de dieu, un Mahdi, le musulman Makendal, avait tenu campagne. Sans doute, trahi, avait-il été vaincu, pris, roué vif, mais nul à Saint-Domingue, ni parmi les blancs, ni parmi les noirs, n’avait oublié sa prédiction, qui à plus d’un semblait une préfiguration de l’avenir… Un jou dans une réunion, il avait plongé dans un vase trois mouchoirs, un jaune, un blanc, un noir et les tirant l’un après l’autre : voilà les premiers habitants de Saint-Domingue avait-il affirmé en montrant le mouchoir jaune ; puis tirant le mouchoir blanc, voici les habitants actuels : et voilà enfin ceux qui demeureront les maîtres incontestables de l’île, et ce disant, il agitait triomphalement le mouchoir noir, symbole de la classe et de la race qu’il lançait, précurseur, pour un grand combat pour le droit et la vie…  »

Voir aussi cette cérmonie du 22 août 1791 au Bois Caïman. La révolte emmenée par Boukman.

1 Amériques du Nord

Et, plus au nord, sur ce demi-continent au nom de navigateur où les chevaux débarqués de bateaux conquérants s’étaient répandus partout, leurs belles robes tachetées et leurs crinières au vent… sur la plaine en troupeaux sauvages [mustangs]

Massacre des indiens :
l Massacre de Chivington (Colorado, 1864)
l Massacre de Fetterman (Wyoming, 1866)
l Bataille de Little Big Horn (Montana, 1876)
l Reddition de Sitting Bull (1881)

La  » Danse du fantome  »
19/11/2003
Les Indiens appelaient le photographe Edward Sherif Curtis, ? Capteur d’ombres ?. Cet été 1900 Curtis est invité à l’une des dernières cérémonies de la Danse du Soleil. En trente années il fait de 45 000 à 50 000 négatifs. Enregistre sur 10 000 cylindres de cire les langues et les musiques indiennes et les premiers et les plus longs films. Son ?uvre The North American Indian, 20 volumes, 20 porte folios largement artisanaux.
Né en 1868, ami de l’ethnologue Grinnel, de Théodore Rossevelt. Il est soutenu par Morgan. Meurt en 1952 dans l’anonymat et l’indifférence. La photographie est le monument du XIXe siècle. Pour Curtis la photographie était aussi un moyen de voyager chez les Indiens dans le temps. Curtis fut le premier Blanc à faire partie de la Société du Serpent des Hopi.
La religion de la Danse du Fantôme s’instaure dans les années 1870 grâce à un prophète indien Painte du nom de Wovoka et se répand parmi les Indiens de l’Ouest des Etats-Unis. Elle est interdite par le gouvernement dans les années 1890. En 1888 Wovoka annonça qu’il ? avait eu une révélation promettant un changement complet de conditions, l’élimination de la race blanche, la réapparition sur la terre indienne du bison en aussi grande quantité qu’autrefois, le retour des morts. En bref, un nouveau monde était imminent et les gens devaient s’y préparer par les danses appropriées. ? (Curtis). Wovoka voyage beaucoup, prêche, accomplit des miracles, envoie des messagers, des apôtres, pour répandre l’enseignement aux tribus les plus éloignées. Soulèvements. Répression.

09/04/07
Revenir à cette Ghost Dance via Philippe-Alain Michaud, p. 60-61 :  » En 1680, pour la première fois, les Indiens se soulevèrent pour secouer le joug des occupants espagnols qu’ils avaient d’abord accueillis comme des protecteurs.  »

Au début du siècle, les Pawnees sont environs 8000. A la fin : 700.
Une société de chasseurs sans souci de l’avenir, confiante :  » La tribu n’avait pas l’habitude de prévoir et de travailler pour atteindre un nouveau modèle de vie.  » Les missionnaires protestants essaient de faire d’eux de paisibles agriculteurs. Or, ce sont des chasseurs et des guerriers. Les femmes cultivent un peu. En 1869, alors que les agents du gouvernements quaker deux guerriers, Grand Cheval Tacheté et Chef Solitaire partent vers le Sud, vers la Rivière Rouge (Oklahoma) chez les Wichitas, avec 300 hommes. Mais sur place, tombent malades de froid et de fièvres. Là ils végètent comme agriculteurs.
Vers 1880, mouvement messianique commence au Far West, parmi les Paviotos et se  » propage comme un incendie  » vers l’est dans les tribus des plaines : le monde présent, théatre de la domination blanche, viendrait bientôt à sa fin. Les Blancs seraient tués ou disparaitraient ; les Indiens et les animaux maintenant morts reviendraient. Les grandes plaines seraient de nouveau le théatre d’une existence idyllique pour les Indiens. […] Les Indiens devaient prendre part à la Danse de l’Esprit, tous, de tous age, sexe ou condition, devaient participer à la danse. (Ils se mirent à danser en rond).  » Les danseurs formaient un cercle, se prenaient par la main et se déplaçaient avec une démarche trainante, en chantant. Au centre se tenaient les meneurs de la danse. Ils remarquaient les danseurs qui semblaient réceptifs à l’esprit du moment et à force de gestes hypnotiques les encourageaient à entrer en transe. Au réveil, ces gens étaient souvent capables de relater les actions des morts et de transmettre des messages sur la venue du nouveau monde.
Personnalité de Frank White (un Grand Chef) : influent dans le mouvement du Sud, visite les Commanches, Arapahos et Wichitas. En 1891, il commence à initier les siens. Au début, foules restreintes, mais l’excitation grandit dans la tribu. Des masses entières se joignent à la danse. Dans ses sermons, Frank White développait l’eschatologie de la Danse de l’Esprit. Témoignage d’un de ces discours, par un beau soir, à une heure proche du crépuscule, des nuages traversant rapidement le ciel à l’ouest : Les nuages dans le ciel à l’ouest étaient comme des humains assis en rang. White dit : « Si vous venez tous ici où il n’y a pas de constructions, vous pouvez nettement voir les gens qui sont à l’ouest. Ce sont les morts. Ils attendent tous là. Maintenant vous les voyez. Bientôt un vent puissant s’élèvera et tous les blancs de la terre seront balayés… Le vent les jettera contre les gros arbres car quand le vent balaiera les blancs ces arbres resteront tous en place. Les hommes qui auront la foi seront secoués et tomberont et quand ils se relèveront et ouvriront les yeux, il n’y aura plus de blancs. Le buffle sera là et toutes choses seront comme elles étaient avant la venue des blancs et tous les défunts, nos pères, nos mères, nos grands-pères, nos grand-mères seront là avec nous. Et les gens restaient debout à regarder les nuages vers l’ouest.  » Pendant un temps, Frank White connut un prestige et une autorité totale comme prophète de la Danse de l’Esprit. Mais il était instable et incapable de se controler. Sa destitution coincida avec divers autres changements dans la structure du mouvement.  »

[ » Dès qu’ils pouvaient chanter quelques chansons ils se rendaient à un camp pour danser. Il y avait généralement sept chanteurs, quatre femmes et trois garçons. Ils choisissaient un endroit à l’est du camp et commençaient à danser. Quand le prophète élevait la voix, les danseurs tombaient au sol en transe. Certains commençaient à gémir, d’autres à s’agiter, car un esprit mystérieux prenait possession d’eux. Puis ils se remettaient à danser pour un moment. Le prophète leur parlait de ses expériences. Il disait que si les gens se décidaient à danser et à voir le messie et leurs parents morts, ils tomberaient et le verraient. La chose primordiale dans la danse était de geindre et d’etre humble en esprit. « ]
Tout cela sur la légende de la révélation suivante :
 » L’histoire était celle d’un Indien Paiute qui était mort et que l’on avait transporté au sommet d’une haute montagne où on l’avait laissé. Après etre resté là quatre jours, il ressuscita et redescendit de la montagne. Il dit aux gens que pendant son séjour sur la montagne, son esprit avait traversé un étrange et magnifique pays ; que pendant ce voyage, il avait traversé un petit ruisseau d’eau claire et était arrivé à un cèdre où étaient pendus des mouchoirs de toutes les couleurs et des plumes de tous les genres. A la base de l’arbre, il avait vu plusieurs pipes et différentes sortes de peintures. Il prit un mouchoir en coton blanc et un peu de terre rouge. [les mouchoirs, les plumes, les pipes, le cèdre et la terre colorée étaient les accessoires employés dans les cérémonies indiennes traditionnelles et doués d’une signification rituelle]. Il continua sa route et comme il approchait d’un remblai, il y vit quelqu’un, vetu d’une robe blanche et pourpre. Ce personnage avait de longs cheveux, séparés au milieu. Il tenait les mains étendues pour montrer les plaies, mais ne levait pas les yeux. L’homme vit que c’était le messie, le Jésus des hommes blancs, le fils du Père des Cieux. L’homme comprit à son attitude que ce silence signifiait qu’il devait poursuivre sa route, aussi prit-il la gauche et s’en alla-t-il. L’Indien arrive ensuite à un village. Là, il voit ses parents morts, son père l’emmène à l’endroit de la danse : quand ils arrivèrent, ils virent les gens dansant en rond. Les danseurs étaient tous peints et tous portaient des plumes. Enfin, il se joignit à la danse et apprit quelques unes de leurs chansons. Pendant la danse, il remarqua des gens qui se comportaient d’une façon étrange et comme possédés par un esprit. Il y avait sept chanteurs, et deux hommes avec de longues perches se comportaient comme des soldats, mais ne participaient pas à la danse. Quelques hommes couraient de l’un à l’autre à l’intérieur du cercle et finalement faisaient tomber quelque participants. Ils se magnétisaient l’un l’autre. Un homme vint à lui, lui souffla dans la bouche et le nouveau venu tomba en transe. Il se releva rapidement pourtant et se joignit à la danse. Il dansa longtemps, jusqu’à ce que l’homme qui l’avait hypnotisé le prit à part et lui déclarat : « Frère, tu es maintenant possédé par notre pouvoir. Tu dois retourner à ton peuple et les initier à cette danse. Dis-leur que tu as vu le Messie, le Fils du Père des Cieux. Il nous mène vers ton peuple. Ils doivent danser et alors ils recevront le pouvoir que tu détiens maintenant. Nous savons que tu vis. Tout ce que tu as vu à l’arbre est tien. Donne la terre rouge que tu as trouvée dans montagne à ton peuple, qu’ils se peignent la figure avant de danser. Parle-leur du Messie et qu’ils gémissent comme tu as vu ceux-ci gémir. Nous nous lamentons pour que toi et ton peuple vous lamentiez aussi. Quand tu auras commencé d’initier ton peuple à cette danse tu pourras revenir parmi nous quand tu voudras et nous t’enseignerons davantage. Les gens viendront te voir de partout et tu devras leur dire ce que tu vois en ce moment. »  »

Une tentative désespérée de revivre ou de ressusciter son corps et de le projeter dans l’avenir.

La ghost danse est une forme nouvelle de la sun danse. La danse du Soleil remplacée par la danse du Fantome, du Spectre, de l’Esprit, de l’Ombre.

Wovoka (v. 1856- « )
Prophète de la Danse de l’Esprit enseignait que les Blancs devaient disparaître, non par la force.
En 1888-1889 : fièvre, maladie, visions. Egalité de l’homme et de la femme dans les fetes rituelles. Abolition des guerres entre les tribus indiennes. Promesse d’une redistribution des terres dans une ère messianique sur le point de s’ouvrir. Obligation de la danse des esprits pour hater l’avénement de cette ère messianique.

Le mouvement de Wovoka entraina des expéditions des blancs et des massacres d’Indiens.

Lecture de James Mooney, The Ghost Dance religion and the sioux outbreak of 1890 [1896], rééd. 1970.
Travaille pour le Bureau of American Ethnology.
Dans l’introduction, on signale qu’il est probable qu’un culte préexistant à l’arrivée des Européens (Rocky Mountains) ait cru au retour des ancetres avec danses et chamanes.
Un premier mouvement a été enregistré e n 1870 (prophète Tavibo, de la meme tribu – paviotso- que Wovoka).
L’ethnologue, examinant une masse de documents dans les fichiers de l’Indian Office et du Department of War.
l De décembre 1890 à avril 1891, Mooney visite les Arapaho, Cheyenne, Kiowa, Comanche, Apache, Caddo et Wichita de l’Indian Territory (Oklahoma)
l Ensuite Mooney passe trois mois chez les Kiowa pour sélectionner des objets de l’exposition universelle de Colombie.
l Travaille à l’Indian Office et Department of War.
l Ensuite il fait un voyage de quelque trois mois chez les Sioux, les Paiute, les Omaha, Winnebago, Cheyenne, Arapaho. Des Cheyenne il obtient la lettre du messie aux tribus du sud.
l Quelques mois plus tard, en 1892, nouvelle tournée chez les Sioux, Arapaho, Shoshoni.
l 1893-1894 : dernière tournée avec observation directe de la Ghost Dance.

Il y a dans la Ghost Dance, ses préceptes de paix et d’amour, un glissement des usages et valeurs indiennes vers des valeurs chrétiennes : la Danse de l’Esprit comme entrée dans le monde moderne/chrétien. Mais aussi à travers ces memes valeurs de paix entre tribus indiennes, la récurrence du mot  » frère  » et du mot  » people « , quelque chose d’une esquisse de  » nation « . Page 25, Mooney cite : « He (the prophet) has given a better religion than they ever had before, taught them precepts which, if faithfully carried out, will bring them into better accord withe their white neighbours, and has prepared the way for their final Christianization » « .
+ photocopies

Muhlmann p. 68 :  » En peu de temps la Danse s’étendit aussi aux Cheyennes du Montana et à tous les Sioux occidentaux des deux Etats du Nord-Dakota et du Sud-Dakota. Dès l’automne 1889, les premiers émissaires de ces réserves arrivaient à Fort Washakie pour recueillir des renseignements sur le nouveau Messie. Une fois réunis ces renseignements, les émissaires – Porcupine pour les Cheyennes, Short Bull et Kicking Bear pour les Sioux, – les firent porter chez eux par les autres membres de la délégation, – quant à eux, accompagnés de Shoshones et d’Arapaho, parmi eux Sitting Bull, ils se mirent en route pour le Nevada, afin de s’entretenir en personne avec les Messie. A Fort Hall, le groupe fut amicalement hébergé par les Shoshones et les Bannock. De là on prit l’Union Pacific Railway jusqu’au Nevada. Au printemps 1890 la délégation parvint à Walker Lake, où Wovoka donna une danse en leur honneur.

Question des mormons
Smith (Joseph). Fondateur de la secte des mormons (Sharon, Vermont 1805 – Carthage, Illinois 1844). En 1828, une  » révélation  » lui apprit l’histoire biblique de l’Amérique (les Indiens descendent des tribus perdues d’Israel) : cette histoire était consignée dans le Livre de Mormon, livre sacré (que l’on considère en général comme l’ »uvre d’un pasteur américain, S. Spaulding). En 1830, il fonda une communauté dans l’Etat de New York, l’établit dans l’Ohio (1831) puis dans le Missouri (1838) et l’Illinois. Il fut lynché.

En marge de ces amériques (Caraibes) :
04/06/06
Les échos des messianismes que tu entends dans ces musiques, reggae : You can see the light !

Trains du monde :
Trains américains : histoire de la jonction Atlantique-Pacifique. L’Union Pacific Railway.

II / AFRIQUES

1 Afriques du Nord

03/04/06
Voir ce roman  » Le Maitre de l’heure  » (Algérie) (disponible sur Gallica) : ce maitre de l’Heure, ou  » maitre des temps  » a à voir avec l’attente du Mahdi en Islam. Vu : roman superficiel, sans lien avec le sujet.

17/03/06
L’affaire des enfumades dans le Dahra : répression en 1845 de l’insurrection menée par un jeune chef maraboutique d’une vingtaine d’années, surnommé Boumaza,  » l’homme à la chèvre « , qui s’attribuait le titre messianique de  » Maitre de l’heure  » (il existe un roman de la fin du XIXe siècle intitulé Le Maitre de l’heure cf Gallica).

 » répression de l’insurrection menée dans le Dahra en 1845 par un jeune chef maraboutique d’une vingtaine d’années surnommé Boumaza (l’homme à la chèvre), qui s’attribuait le titre messianique de  » maître de l’heure  » Devant les difficultés à réprimer cette insurrection, le colonel Pélissier décida de poursuivre les Ouled Riah qui s’étaient retranchés par centaines dans des grottes de montagne. Des fascines enflammées furent placées, et systématiquement entretenues, devant les issues des grottes où s’était réfugiée une partie de la tribu. Le lendemain, on trouva des centaines de cadavres (d’hommes, de femmes et d’enfants) amoncelés. Il y eut au moins cinq cents victimes ; on parla même d’un millier de morts. A la suite de l’invitation du gouvernement à  » répudier avec horreur, pour l’honneur de la France  » (Montalembert) ce  » meurtre consommé avec préméditation sur un ennemi sans défense  » (prince de la Moskowa), le maréchal Soult (alors ministre de la Guerre) fut amené à  » déplorer  » ce forfait. Au ministre qui ne voulait pas croire  » que le colonel ait eu des ordres pour employer de tels moyens « , Bugeaud – qui demanda aux membres de la Chambre des pairs de lui indiquer des procédés plus moraux lui permettant de gagner la guerre – répondit qu’il prenait  » toute la responsabilité de cet acte « , car il avait prescrit d’en user ainsi  » à la dernière extrémité « .
Etxtrait de Hanoteaux, Histoire des colonies :
BOU-MAZA. L’INSURRECTION DU DAHRA
De part et d’autre, les hostilités, dans cette dernière phase de la lutte, prennent une âpreté, une férocité même qu’elles n’avaient pas eues jusqu’alors. L’agitation qui avait secoué l’Algérie tout entière était d’ailleurs loin d’être calmée. De toutes parts des mouvements maraboutiques se produisent indépendamment les uns et les autres. A Bel-Abbès, des Derkaoua essaient de surprendre le poste. A Tlemcen, un chérif prétend s’emparer de la ville avec une bande de fanatiques; d’après les promesses de leur chef, ils n’ont même pas besoin d’armes : la terre doit engloutir les Français à leur approche. Le plus important de ces mouvements maraboutiques fut celui qui eut pour chef Mohammed-ben-Abdallah, surnommé Bou-Maza, l’homme à la chèvre; il fut le premier de ces chérifs qui ont surgi périodiquement dans tous les coins de l’Algérie, fanatiques furibonds ou imposteurs grossiers, dont la foule crédule acclame les divagations et les jongleries.
Bou-Maza était chérif idrissite ; il avait vingt cinq ans.  » Ce n’est pas un homme ordinaire, dit Saint-Arnaud; il y a en lui beaucoup d’intelligence, dans un cadre d’exaltation et de fanatisme ». On vit bientôt en lui le vengeur messianique, le  » maître de l’heure  » qui devait balayer l’infidèle et faire triompher l’islam; le sultan du Maroc correspondait avec lui et de tous côtés on lui envoyait des offrandes et des soldats; il parcourait les tribus, promettant aux combattants tantôt l’invulnérabilité, tantôt les joies du paradis. L’insurrection s’étendit bientôt à toute la région montagneuse du Dahra ; quoique battus par Saint-Arnaud à Aïn-Meran, les révoltés attaquèrent nos postes, soulevèrent l’Ouarsenis ; Bugeaud vint lui-même faire campagne et de nombreuses colonnes parcoururent les régions où l’agitation s’était propagée.
Le gouverneur laissa au colonel Pélissier le soin de désarmer les populations qui avaient pris part à la révolte. Pélissier ne trouva de résistance que chez les Ouled-Riah, qui s’étaient réfugiés dans les grottes de Nekmaria ; après les avoir vainement sommés de se rendre, il fit allumer de grands feux à l’entrée des cavernes ; 500 personnes, hommes, femmes et enfants, périrent asphyxiées :  » Terrible mais indispensable résolution ! écrivait Saint-Arnaud. Pélissier a employé tous les moyens, tous les raisonnements, toutes les sommations. Il a dû agir avec vigueur. J’aurais été à sa place, j’aurais fait de même, mais j’aime mieux que ce lot lui soit tombé qu’à moi.  » Ce triste incident, grossi par des polémiques passionnées, fit grand bruit en France. Bugeaud couvrit son subordonné, qui n’avait fait qu’exécuter ses ordres. Soult eut une attitude assez embarrassée; on lui rappela qu’à la bataille d’Austerlitz, il avait fait briser par le canon la glace des étangs sur lesquels fuyaient 12 000 hommes. Les cruautés des insurgés envers nos prisonniers et nos blessés, les atroces mutilations qu’ils faisaient subir à nos morts ne disposaient pas nos soldats à l’indulgence.

Le colonel Saint-Arnaud poursuit Sidi Bou Maza chez les Oulad-Nails. Après un nouvel échec dans le Dahra, l’homme à la chèvre se rend le 13 avril 1847 au colonel de Saint-Arnaud à qui il demande l’aman et fait sa soumission. Envoyé en France, il est enfermé dans la citadelle de Ham

Mohamed el Fadel : mentionné par le dictionnaire de Desroches. Episode situé en 1846, donc après l’épidsode des enfumades.

Trois lignes dans Denise Bouche (p. 31) :  » Celui-ci [Abd-el-kader] réapparut dans l’Ouest oranais, à la faveur du soulèvement qui, en 1845, à l’appel d’un jeune mahdi, Bou Maza, embrasa le Dahra, gagna l’Ouarsenis et faillit emporter Orléansville (El Asnam). Finalement, les Français soumirent les tribus. Bou Maza se rendit en avril 1847.  » (Abd-el-Kader se rend, lui, en décembre 1847).

Lacheraf, p. 79 :  » « Bou-Maza (chef de partisans) a fait exécuter, rapporte Canrobert, un aga et trois caids français […] Ce système de faire payer aux chefs arabes nommés par nous leur fidélité à notre cause, s’il prenait de l’extension, deviendrait très préjudiciable à nos intérets.  » (Canrobert, Campagnes d’Afrique, p. 415).  » Parmi les actes de terrorisme rural relevés par le général de Martimprey en l’espace de huit jours, dans l’automne de l’année 1845, en plusieurs points de l’Oranie, on compte : un commandant, un chef français de bureau arabe et leur escorte tués ; un caid et des indigènes auxiliaires exécutés, un attentat contre un officier français ; l’enlèvement d’un autre officier et le massacre de son escorte, la désertion des cavaliers du makhzen de Tiaret, la destruction de ponts sur l’Isser et la Tafna, le pillage d’un convoi militaire, l’incendie d’un poste-magasin de l’armée occupante où se trouvaient des vivres et des fourrages, le blocus de la petite bourgade de Saint-Denis-du-Sig.  »
Page 267 :  » De son coté, Saint-Arnaud, quand Boumaza fut contraint de se rendre en avril 1847 dans l’Ouarsenis-Dahra où il combattait depuis trois ans, dit les choses comme elles sont : « C’est un beau et fier jeune homme ! Nous nous sommes regardés dans le blanc des yeux. […] Boumaza n’est pas un homme ordinaire.  »

A la lecture de Lacheraf : hypothèse que l’idée nationale, en milieu colonial, jaillit de l’événement meme de la conquete : Algérie 1830.

 » Mahdi n. m. – mot ar. « le bien dirigé » – Personnage de l’eschatologie islamique. Ni le Coran ni le Hadith (à part quelques chaines de collections chiites) ne le mentionnent. Inventé au VIIe siècle par les Chiites, ce personnage messianique, qui viendra sur terre pour délivrer l’homme du mal et instaurer le règne du bien, est rejeté par les sunnites à la fin des temps. Pour la majorité des chiites, le Mahdi est associé au douzième et dernier imam, Muhammad ibn al-Hasan al-Askari, qui s’est caché après sa mort et qui reviendra un jour sur terre afin de restaurer la religion vraie. Dans l’histoire de l’islam plusieurs prétendants au pouvoir se déclarèrent Mahdi.  » [voir Mahdi au Soudan]

Trains du monde :
Très beau passage chez Kateb Yacine de la transformation du cheval en train, Nedjma, p. 144 :  » Le convoi, réduit à un tintamarre de cavale surmenée, traversait une journée de plus à la nage, hurlant et sursautant à travers d’anciens paturages, – d’où fut captée sa force autrefois chevaline, songeait Rachid à la vue d’un étalon affolé le long de la voie. Le cheval n’avait pas un regard pour l’attelage au bruit de cataracte qui le laissait loin en arrière, emportant sa force usurpée.  »

Charlotte Jelidi,  » Fès, du modèle urbain à la ville nouvelle (1912-1956) « , Histoire de l’art, n » 59, automne 2006, p. 98 :  » Le développement du réseau ferré est envisagé par Lyautey comme un facteur crucial de l’essor économique du pays.  »

1 Afriques noires

Plus bas sur la carte des Afriques, là où les lignes des tropiques et de l’équateur coupe ce qu’on appelle Terre, tandis que le chemin de fer étendait ses agrafes, d’abord dans la tete des nouveaux venus, depuis le Sahara de Dupnchel/Choisy s’avançant à travers le désert, la savane et les foret, dans la compétition des nouveaux venus, du transharien d’Alger à Xxxxxx, dans la compétition avec le voisin qui lui posait un ruban métallique du Cap au Caire si je le pouvais j’annexerais les étoiles, ce qui est aussi une manière de prophétie, au c »ur du continent ce ne furent pas un ou deux ou trois mouvements que l’historien trouva, mais toute une floraison de messianismes/prophétismes emmenés par des personnalités passées au-delà dont il relevait les noms au long de la chronique aux patronymes teintés de mysticisme local et de promesse hébraique ou chrétienne : William Wade Harris, Isaiah Shembe, Mgijima Enoch, Simon-Pierre Mpadi, André Grenard Matswa, Simon Kimbangu, Jomo Kenyatta,

 » Au début du XVIIIe siècle, une Congolaise « de grande noblesse » (Dona Béatrice) s’identifia à saint Antoine pour fonder un culte nouveau et syncrétique, un culte rival du christianisme colonial alors fort compromis. Cette religion qui préfigure les messianismes et millénarismes modernes a aussi une signification politique, elle vise à recréer la cohésion nationale et l’unité du royaume.  »

24/03/07
Article  » magie  » EU, p. 299 :  » l’analyse des effets de la colonisation et de l’acculturation, en particulier en Afrique noire, montre que là où les croyances magiques disparaissent, les névroses augmentent, et que là où les croyances magiques augmentent, le prophétisme se développe (comme technique d’exorcisme) et, derrière lui, les tendances messianiques se font jour.  »

Le devenir marchandise du monde. Le potlatch. Ferro p. 40 :  » Ainsi, chez les Masikoro, les Bara de Madagascar, comme chez les Peuls, l’échange du b »uf a une signification particulière : le bétail a une valeur sociale, et vendre du bétail devient le signe de la déchéance, car ce bien fait partie d’un jeu d’échanges spécifique, hors économie monétaire ; tout comme se conserve hors de l’économie monétaire, chez les Bété, le montant de la future dot, qui est considérable. De meme, la culture du coton a échoué chez les Peuls, les Bambara, et réussi chez les Minyanka et les Senoufo, parce que les premiers avaient constitué des sociétés historiques que la colonisation déstructurait, alors que les seconds, moins conscients de leur identité, étaient plus disponibles et mieux disposés à changer de vie.  »

l Messianismes Bantous
Ferro p. 78 : sur l’installation des Boers : premier exemple d’une colonie de peuplement en Afrique. Eux-memes se nomment  » Boers « , peuple paysan fuyant la civilisation mercantile. Mais rapports avec Hottentots, Xhosas et Cafres difficiles. Ceux-ci n’obéissent pas aux memes lois sur l’échange et la propriété. Pour les Hottentots par exemple, la terre n’appartient à personne, on ne saurait la « défendre » par une palissade. Mais les conflits portent surtout sur le bétail. Credo Mutwa a expliqué que les Boers ne savent pas que, dans un troc avec les Xhosas, une vache ne peut etre échangée contre un objet inanimé. L’usage est de restituer, dans l’échange, un des rejetons de la vache. Etc.  » Page 212 : le grand Trek de 1836 : exode pour fuir la civilisation mercantile cd Anglais installés au Cap depuis 1815. Se heurtent aux Xhosas, aux Swasi et surtout aux Zoulous de Chaka [voir la légende de Chaka] (Senghor met Chaka en scène dans Ethiopiques).
EU Afrique p. 351 : 1807 : apparaît chez les Ngoni du Natal un dictateur, Chaka, qui fonde la nation zoulou sur l’état de guerre permanente (atteint de folie sanguinaire, finit par etre abattu par les siens).
Ferro p. 217 :  » A titre de compensation, les Bantous, qui ignoraient l’idée d’un Dieu supreme, en découvrirent les vertus pour s’en servir comme d’une arme contre les intrus européens, tel le Xhosa Makanna qui attend « le grand jour de la résurrection lorsque les morts se relèveront au coucher du dernier soleil ». Cette vision millénariste se traduisit par le soulèvement de 10 000 Xhosas contre la ville de Grahamstown (début XXe siècle). Ainsi, et bien que les mouvements millénaristes se soient multipliés, les Bantous n’avaient guère tiré profit de la transformation de leurs ancetres fondateurs en dieux bibliques. Ils ont ainsi tout perdu, au plan symbolique comme au plan des échanges, et meme leur Histoire, puisque les Sud-africains refusent d’admettre que, sur le Veld, les Bantous étaient là avant eux et que, malgré les preuves apportées par les archéologues, ils n’acceptent pas non plus l’idée que, plus au nord, les Noirs aient été capables de construire les monuments du Zimbabwe.  »

Sur le messianisme xhosa voir Canetti p. 206.

Isaiah Shembe (1870-1935) : prophète zoulou originaire du Natal, visions au milieu de l’orage, de la foudre et du tonnerre. D’abord pasteur baptiste, fonde sa propre église, la Nazaretha Church en 1911. Se présente comme un nouveau Moise. Pour ses fidèles il est un nouveau Christ :  » Jésus-Christ est le dieu des Blancs. Maintenant est venu Shembe, le dieu des Noirs.  » Syncrétisme entre éléments traditionnels zoulous et christianisme. Env. 80 000 fidèles à la fin des années soixante. Son fils, Johannes Galilée Shembe.

Ngijima Enoch (1858-1928) : d’abord membre de l’Eglise méthodiste, reçoit des visions, en 1912 fonde la secte des  » Israelites  » et annonce la fin du monde imminente. Rejette le Nouveau Testament comme produit mensonger des Blancs. Quelques milliers de fidèles à la fin des années soixante.

Balandier, Sociologie… p. 30 :  » fin 1961, des manifestations survenues en Rhodésie ont incité à l’abandon des vetements de type européen, des lunettes et des montres en tant qu’ils sont « symboles d’oppression ».  »

l Mahdisme africain
EU, vol. 11, p. 637 c. a :  » Face à la conquete égyptienne [au Soudan au XIXe siècle] se dresse le madhisme de Mohammed Ahmed Ben Abdallah : véritable idéologie prénationaliste, il rejette les transformations et les influences étrangères, et apparaît comme une sorte de prophétisme millénariste dont on trouvera des équivalents dans certains mouvements syncrétistes d’origine chrétienne qui ont joué un role dans la lutte anti-coloniale.  »

EU, vol. 11, p. 637 c b :  » En 1927, un pèlerin venu de la Mecque rapporte au Niger une nouvelle famille de divinités de la possession, les houka, dieux-fous, liés à la violence ; entre autres forces de la colonisation personnifiées par le génie « locomotive », le génie « gouverneur », ou le génie « caporal de garde » « .

l Harrisme
EU, vol. 11, p. 637 c c : en 1882 à Johannesbourg, le racisme provoque la création d’une  » Eglise éthiopienne « . Et surtout mouvements prophétiques : au Liberia, William Harris, emprisonné en 1910 suite à une révolte des Grebo contre la domination des anciens esclaves américains, est visité par l’archange Gabriel et reçoit le Saint-Esprit. Vers 1914 il part en Cote d’Ivoire et entre en lutte contre  » les fétiches  » d’une société obsédée par la magie et la sorcellerie. [Ne se pourrait-il pas que la magie et la sorcellerie africaines soient un contrecoup et quasi une invention des Européens  » ] puis mouvement dit  » harrisme « . Après la Seconde Guerre mondiale, Marie Lalou lance le mouvement Deyma où Jésus et Houphouet-Boigny, figurent au nombre des divinités.
Harrisme, Leiris, p. 1290 :  » Né au Liberia où il fut élève puis moniteur d’une mission méthodiste américaine, William Wade Harris precha dès la fin de 1913 un christianisme qui, fortement africanisé, est aujourd’hui très répandu en Cote-d’Ivoire. Sur le harrisme, voir Colette Piault (dir.), Prophétisme et thérapeuthique. Albert Atcho et la communauté de Bregbo, Paris, Hermann, 1975 ; Jean-Pierre Dozon, La cause des prophètes. Politique et religion en Afrique contemporaine, Paris, Seuil, 1995.

William Wade Harris (1850-1928) : né au Liberia, tribu Grebo, évangélisée par l’Eglise méthodiste. Insurrection grébo. En prison, Harris a une révélation.

Messianismes Ba-Kongo
Lecture de Balandier, Sociologie actuelle de l’Afrique noire, 1963.
Chapitre  » La situation coloniale  » : étude des contacts entre cultures différentes. A partir des années 30 autour de Malinowski : introduction au volume Methods of Study of Culture Contact in Africa, Memorandum XV, International Institute of African Languages and Cultures, 1938. De la pourrait dater les  » post-colonial studies « .  » Une société indigène intacte apparaissant comme une fiction.  » Ainsi en va-t-il aussi des sociétés métropolitaines. Balandier critique ensuite le  » synchronisme  » fonctionnaliste de Malinowski. Il est certain que l’étude des messianisme doit recourir à l’histoire, puisqu’ils sont l’expression meme de cette histoire comme mouvement vécu mais aussi comme événements construits et racontés :  » nous avons été mis en présence de processus qui se déroulent sur une longue période : ainsi le messianisme des Ba-kongo actif depuis 1920. Il est certain que le recours à l’histoire récente s’impose en de telles circonstances – dans la mesure où cette dernière montre comment le mouvement novateur s’organise, répond à des exigences du nouvel état social et subit des variations liées aux vicissitudes des rapports entre société coloniale et société colonisée.  » (p. 24)
Revenir sur les messianismes Ba-kongo.
Pour Balandier, les messianismes Ba-Kongo naissent sur la nostalgie du royaume de San Salvador qui coincidait avec un large territoire traversé par le fleuve.  » Au centre de leur système social et culturel se trouve le jeu de rapports complexes existant entre le lignage, les ancetres et la terre. Cette dernière est, sous divers aspects, une équivalence des ancetres en meme temps que sa possession affirme la qualité d’homme né « dans le clan », la dignité d’homme libre. La colonisation a, sans qu’ait intervenu une importante éviction des villageois, entrainé un sentiment de dépossession. […] La terre promise est la restitution de celle des ancetres.  »
Balandier explique ensuite que la séparation est une condition d’apparition du messianisme : partition entre  » bons  » et  » méchants « ,  » Noirs  » et  » Blancs « , etc.
 » En fait, seul le christianisme a pu permettre la construction de l’idéologie ba-kongo « . Role de la Bible [revenir à Homi Bhabha]. Instrument critique. Seul bagage  » intellectuel  » en prise avec la nouvelle organisation du monde.  » Ainsi s’impose l’exemple du messianisme juif et se retrouve la vigueur du christianisme envisagé à son commencement.  »
Voir ce que l’EU dit de Gabon-Congo. Fang et Ba-kongo.
Retour à Balandier le 15.06.07 – Chapitre II  » Les peuples du Gabon-Congo et la présence européenne « .  » Ils disposent d’une façade maritime qui a été, dès la fin du XVe siècle, reconnue par les navigateurs portugais : entre 1471 et 1475, Lopo Gonçalves repère certains points de la cote gabonaise, préparant la voie à une reconnaissance portugaise que manifeste encore la toponymie [cf A. Teixeira Da Mota, Toponimos de Origem Portuguese na Costa Ocidental de Africa, Bissau, 1950] ; en 1482, Diego Cao parvient avec son escadre à l’embouchure du Zaire (le Congo). Cette date est importante : elle marque la découverte de deux « Etats » s’étendant de part et d’autre du fleuve (le Loango et le Kongo) ; elle crée les premières relations avec l’Europe, ouvre le pays à la traite et à l’évangélisation.  »
A l’époque où écrit Balandier :  » Les Ba-kongo, partagés entre l’Angola et les deux Congo, ont gardé le souvenir d’un passé commun ; certains d’entre eux s’y attachent comme au symbole meme d’une possible unité à recréer : ils en font un instrument de combat politique moderne.  »
Importance du commerce de traite, de l’esclavage, des marchés et des routes.
 » C’est en 1491 que débarquèrent au « Kongo » les premiers missionnaires envoyés par le roi Jean II du Portugal. Leur tache fut d’abord de se rendre à la capitale pour y baptiser le Na-Kongo « sous le nom de Jean, sa femme préférée sous celui d’Eleonore, l’héritier, qui s’appelle Alphonse et une partie du peuple ».  » (p. 47).  » Que le christianisme ait été à l’origine le fait du chef, il faut en trouver une preuve dans la survivance d’un usage longtemps maintenu au Bas-Congo : celui de faire figurer le nkagi (la croix chrétienne) parmi les insignes de la chefferie et notamment en tant que symbole du pouvoir judiciaire. Le nkagi, entre les mains du chef, empechait le pays de « périr » ; il était l’objet d’un sacrifice de vin de palme, chaque année, lors de la cérémonie consacrée aux morts ; il servait au moment de preter serment. Il y a là un important phénomène d’assimilation contre lequel les missions modernes, à la fin du XIXe siècle, ont voulu réagir en détruisant les nkagi considérés comme de véritables « fétiches ».  » (p. 50)  » La diffusion rapide de mouvements tels que le Kioka (Angola), le Kimbangisme (spécifiquement Bakongo), le Kitawala ou Watch-Tower (Afrique centrale) s’explique sans doute par les réactions individuelles, puis collectives, à l’effort d’évangélisation, mais aussi par la tradition ancienne, et encore vivante en de nombreux endroits, de libre utilisation et interprétation des faits chrétiens.  » (p. 52)
 » Par les traités conclu avec le « roi Denis » en 1839, avec le « roi Louis » en 1843, les Français s’établissent définitivement sur l’estuaire du Gabon […] « . Puis Brazza 1880 accède au Congo…
Processus de  » déracinement « . Après une première exploitation de  » prélèvement  » (ivoire, caoutchouc), vient le temps des mines (cuivre à partir de 1910), pétrole (à partir de 1930), bois de manière intensive à partir de 1920.  » Cette période de mise en valeur effective pose des problèmes humains d’autant plus graves qu’elle correspond approximativement à l’époque de construction des routes, du chemin de fer et du port de Pointe-Noire. On sait le cout « en hommes », et les appels de main-d’ »uvre extérieure, que ces travaux ont exigé ; localement, la contribution en main-d’ »uvre pour la réalisation du chemin de fer Congo-Océan fut élevée : le rapport annuel de 1931 donne le nombre des travailleurs recrutés dans la seule circonscription du Bas-Congo – ce nombre correspond à plus de 25 % des hommes adultes (plus de quinze ans) alors recensés dans la région.  » (p. 55)
 » Les moments de « crise » sont ceux avec lesquels coincident les protestations les plus violentes de la société colonisée. En 1921-1922, lors du ralentissement du commerce des produits d’exportation, le mouvement messianique connu sous le nom de Kimbangisme s’organise dans les régions avoisinant Brazzaville, les Fang du Haut-Gabon s’insurgent contre la Compagnie N’Goko-Shanga.  » Après avoir prolétarisé les villageois, les avoir déplacé par l’économie de portage et de cueillette :  » Vers 1930, une politique systématique de regroupement des villages, de fixation au voisinage du réseau des routes nouvellement créées et du chemin de fer C.F.C.O., a exigé une véritable réorganisation du peuplement et suscité en certaines régions, ainsi dans le Haut-Gabon, de vives résistances.  » (p. 59)
 » Il y aurait à élaborer toute une sociologie de la part dérobée, antagoniste, des sociétés, dont nous pouvons saisir ici l’importance à l’occasion de la situation coloniale.  » (p. 62)
Retour à Balandier le 18/07/07 – Troisième partie Changements sociaux chez les Ba-kongo du Congo. Importance de la ligne de CF Brazzaville – Pointe-Noire :  » […] les villages établis aux abords de la ligne de chemin de fer ont provoqué une circulation qui a favorisé la diffusion des objets, des techniques et des modèles socio-culturels.  » Les Ba-kongo avaient une aptitude à servir d’intermédiaire : p. 353  » […] la situation meme du pays ba-kongo l’a ouvert aux influences stimulatrices de changement social : il porte deux capitales, Brazzaville et Léopoldville ; il est traversé par les voies ferrées aboutissant aux ports des deux territoires congolais ; il possède un réseau routier relativement développé.  »
Action des missions (p. 358) :  » C’est aux abords du Stanley-Pool que l’action d’évangélisation a été non seulement la plus intensive, mais encore la plus diversifiée.  » : Pères de la Congrégation du Saint-Esprit, S »urs de Saint-Joseph de Cluny, (fin XIXe s.), missions évangéliques suédoises (1910)
Attraction de la ville (Brazzaville) + photocopie faite le 18/07/07 de toute la partie sur André Matswa et les messianismes ba-kongo.

Filip De Boeck,  » La ville de Kinshasa, une architecture du verbe « , Esprit, décembre 2006 : Léopoldville que ses habitants appelaient  » Lipopo « . Page 97 passage sur la conception messianique de la ville :  » A cela [interchangeabilité de la vie et de la mort] s’ajoute le fait que la vie urbaine, toujours plus, est vécue et interprétée en termes bibliques : on n’arrete pas de comparer la ville à Sodome et Gomorrhe ou au Golgotha. Et c’est surtout le Livre de l’Apocalypse, de l’Evangile selon saint Jean, qui semble servir de principal point de référence pour comprendre ce qui se passe à Kinshasa. Le Kinois renvoie constamment à ce texte de la Bible et à sa dimension eschatologique. L’histoire récente de la ville est lue, partout, sur la base de l’Apocalypse, comme une annonce de la fin des temps, une période où tout partout règnent la mort, les épidémies, les guerres et les faux prophètes. Les innombrables églises et mouvements de prières qui ont envahi les rues et provoqué une véritable transfiguration religieuse de la sphère publique plongent toute la ville dans une frénésie pieuse.  »

Kimbanguisme
EU vol. 11, p. 637 :  » Au Congo belge, Simon Kibangou est pris comme sauveur et des adeptes attendent de lui qu’il réalise l’unité des Noirs.  »  » Né au Congo dans les années 1920, le kibanguisme, dont le prophète a été formé par les missions protestantes, est représentatif des messianismes avec la longue traversée du pays, l’arrestation, les pouvoirs thaumaturges. D’abord pacifique, le mouvement se radicalise avec la répression.  » (Dictionnaire de la colonisation, p. 594)
Kimbanguisme : Mouvement religieux messianique né au Congo belge en avril 1921. Il gagne rapidement le Congo français – en particulier dans la région de Boko – et fonde le culte d’un messie, Simon Kimbangu (1889-1951), venu libérer les Noirs et unifier les Bakongo, qui vivent autour de l’estuaire du fleuve Congo. Kimbangu, ancien catéchiste, présente les traits habituels des prophètes noirs : formation chrétienne, message divin imposant une mission sacrée auprès de son peuple, traversée du pays suscitant l’enthousiasme des foules. Son message s’inspire de la Bible et des éléments empruntés aux religions africaines comme le culte des ancetres et des pratiques, tels les chants, les cérémonies publiques, la destruction des fétiches, etc. Il est doté de pouvoirs magiques, thaumaturgiques en particulier. Son mouvement est ressenti comme une menace pour l’ordre colonial. L’arrestation, la condamnation à mort puis la déportation de Simon Kimbangu en septembre 1921 par l’administration coloniale belge font de lui un martyr et élargissent le mouvement à une contestation plus politique, l’avènement du royaume de Dieu étant perçu comme le départ des Européens.  » (Dictionnaire de la colonisation, p. 394)
Matswanisme
Au Congo français, André Matswa fonde une association de  »  lettrés  »  et, lorsqu’il meurt en prison en 1942, ses fidèles attendent son retour. Ces mouvements contre révolte contre l’oppression blanche mais aussi tentative de trouver une certaine unité idéologique au-delà des parcellisations ethniques entretenues (ou créées « ) par la colonisation qui a détruit une part des fondements socio-politiques des cultures locales.  »
Matswa (André), dit Grenard (1899-1942). Ancien combattant, à l’origine d’un syncrétisme. Bacongo, élève des missionnaires, il est d’abord catéchiste dans les postes de brousse. Il part pour l’Europe et s’engage comme tirailleur en 1922 et devient sous-officier dans le Rif. Devenu citoyen français sous le nom de Grenard, il lance une association loi 1901 d’entraide pour l’A-EF, la Société amicale des originaires de l’A-EF. Sa campagne contre le statut de l’indigénat et les compagnies concessionnaires du Congo entraine une manifestation et l’interdiction de l’amicale fin 1929. Des troubles se produisent à l’occasion du procès de Matswa à Brazzaville en avril 1930. Il s’évade, gagne l’Europe et s’engage en 1939. Mais, blessé, il est arreté dans un hopital ; de nouveau condamné en 1941 aux travaux forcés à perpétuité. Il meurt le 13 janvier 1942. Sa mort donne naissance à un mouvement syncrétique. Craignant des troubles, l’Administration cache le lieu de sa sépulture. Ses partisans, refusant de croire à sa mort, annoncent son « retour », transformant l’amicale en un mouvement religieux messianique, avec la création d’une Eglise locale.  » L’abbé Fubert Youlou est perçu comme sa réincarnation (Dictionnaire de la colonisation)
Le bwiti
Le bwiti veut expliquer la supériorité des blancs par les fautes des noirs. A la différence des autres cultes, pour lui le recours est un repli sur l’origine, une remontée hors de l’histoire. Chez les Fang, dans les années 1930, le bwiti s’appuie sur le culte des ancetres, auquel s’ajoutent des figures bibliques.
Khakisme ou Mpadisme ou Mission des Noirs
Mouvement fondé en 1939 par Simon-Pierre Mpadi, ancien officier de l’Armée du Salut. Région de la Madimba au Congo. Dérivé du kimbanguisme.

Sultanat Foumban au Cameroun :
Leiris, Afrique noire : la création plastique, p. 1180 :  » De nos jours, le sultan Njoya, roi de Foumban (Cameroun) [note éditeur : il était au pouvoir lorsque les Allemands arrivèrent à Foumban en 1902. Déposé en 1923 par l’administration française, il est mort à Yaoundé en 1933.] mérite d’etre admiré à plus d’un titre : non seulement il inventa, vers 1900, l’une des rarissimes écritures qui ont été élaborées en Afrique noire, puis imagina une langue secrète, mais il est l’auteur d’un traité religieux visant à un syncrétisme dans lequel islam et christianisme se melent au fond local animiste.  »
(sous la direction du sultan Njoya), Histoire et coutume des Bamoun Cahors, Imprimerie A. Coueslant, 1952 (traduction française d’Henri Martin).
 » Le roi du Bamum tente, au XIXe siècle, dans une société récemment islamisée, une synthèse avec le christianisme et les croyances traditionnelles. Le rite est en langue bamum, écrite à l’initiative du souverain : « Dieu est capable d’écouter les prières de toutes les races humaines dans leurs langues respectives… car c’est Lui qui a créé tous les hommes et qui les a dotés du pouvoir d’inventer leurs langues. »  » (Dictionnaire de la colonisation p. 593).

Voir aussi : Leiris, p. 1213 : sur les destructions d’objets  » parfois massives, ont été opérées aussi par des adeptes des cultes chrétiens syncrétistes qui se sont développés, dans les régions ivoirienne et congolaise par exemple, en réaction contre la colonisation.  » (voir Georges Balandier,  » Les conditions sociologiques de l’art noir « , Présence africaine, Paris, 1951, n »s 10-11, pp. 58-71 + Afrique ambiguë, Paris, Plon, 1957.

l Mouvement Mau Mau / Jomo Kenyatta
17.09.05
Ferro p. 351 :  » Née entre 1908 et 1920, la révolte des Mau-Mau, au Kenya, est l’une des plus violentes ; elle se déchaine, vers 1950, contre les « collaborateurs noirs », avant de s’attaquer aux Blancs. Enfin, la plus grande jacquerie africaine, au Zaire, éclate après l’indépendance, Patrice Lumumba réclamant une « nouvelle indépendance » contre le « régime corrompu » institué par les nouveaux dirigeants…
Ainsi, les élites avaient à faire face à un mouvement venu d’en bas. Celui-ci pouvait prendre une forme religieuse : ses aspects les plus élémentaires se rencontraient dans des milieux millénaristes ou messianiques – mouvement qui attendent un salut collectif, imminent, total, où s’exprime un besoin radical de changement social par l’avènement de quelque homme ou force surnaturels, aussi bien en Nyassaland, avec John Chilembwe, qu’au Congo belge où apparaît le kakisme ou mpadisme, mouvement syncrétique qui oppose les valeurs africaines à celles de l’Europe : « Tu n’écouteras plus les prières des Blancs »… En 1946, apparaît le lassysme, à Brazzaville, un mouvement qui prend ses racines dans l’Eglise catholique. Mais le plus important est le mouvement Mau-Mau, apparu dès 1920 au Kenya, qui fait de Jomo Kenyatta le remplaçant du Christ ; la perte de leurs terres accaparées par les colons radicalise le mouvement dès les années cinquante.  »

l Guinée / Fils du reve
17.09.05
Dans les parages de Samori,  » La guerre des fils du reve  » (Dyèri Sibidé d’Ulundu)

l Ouganda
Mouvement de l’Esprit saint : Alice Lakwena [ « ], prophétesse, l’armée de résistance du Seigneur. Chef de guerre Joseph Kany. Etonnement de Che Guevara (son journal, 1965).
Voir  » La Folle Guerre de l’armée de résistance du seigneur  » (www.mondediplomatique.fr/1998/02/ARSENEAULT/10085)

l Madagascar
l Voir la conversion de la reine Ranavalo II [ « ] en 1869 par des protestants anglais : est-ce accompagné de phénomènes messianiques : voir religion à Madagascar.
l En 1913, une société secrète, Vy Vato Sakelika (Fer, Pierre, Ramification), dirigée par des Merina protestants, est accusée de préparer un révolte et durement frappée par près de 200 condamnations.

l Sao Tomé
A Sao Tomé : le Tchiloli ou Tragédie de l’empereur Charlemagne.
Voir si lien avec EU :  » cycle impérial dominé par le mythe de l’Empereur des derniers jours, mythe concernant non seulement le culte de Charlemagne mais les représentants ultérieurs de telle ou telle dynastie, et particulièrement virulent dans les controverses sur le leadership des croisades.  » : y-a-t’il un  » marcottage  » de la matière impériale  » vers les iles portugaises  »

Trains du monde
Dico : Conférence de géographie Bruxelles 1876 préconise de désenclaver l’intérieur de l’Afrique par le chemin de fer (remplacer le portage humain), les colonnes infinies de porteurs.
l Projet Sénégal-Soudan. (gare de Saint-Louis 1883) – AOF = 2200 km de ligne en 1914.
l Brazzaville – Pointe-Noire (achevé vers 1930) : le  » Congo-Océan  » : 20 000 morts. Dénoncé par Simenon, Londres et Gide.  » Mis en service en 1898, le chemin de fer belge, de Matadi au Stanley Pool, et plus tard son homologue français, le Congo-Océan, achevé en 1934, reliant Pointe-Noire à Brazzaville, permirent de tourner l’obstacle des rapides.  » (EU article  » Congo  » 887 a)
l Le Sahara : symbole de domination de la nature. Jamais réalisé.
Chemin de fer transaharien Duponchel 1875.
En 1880, Auguste Choisy, ingénieur des Ponts et Chaussées participe à la première mission d’étude sur le chemin de fer transsaharien.
l En 1894, Léonce Lagarde de Rouffey-Roux (résident à Djibouti) obtient du négus la concession d’un chemin de fer de Djibouti au Nil blanc. Commencée en 1897, atteignant Abbis-Abeba, son terminus définitif, en 1917, cette ligne de 786 km faisait de Djibouti le débouché de l’Ethiopie.
l Importance des transports dans l’histoire de la mondialisation : transports maritimes [canal de Suez], chemins de fer : projet de cf du Cap au Caire par Cecil de Rhodes :  » Si je le pouvais, j’annexerais les planètes « .
l Conférence de Bernard Toulier le 18/01 : gare de Saint-Louis du Sénégal par la société des Batignolles 1884
Et aussi les chemins de fer des Indes dès 1850 : une manière d’exporter les produits de la sidérurgie.
Les trains du monde :
Laperrine et Charles de Foucauld

Bouche p. 34 :  » L’expansion des territoires du Sud fut contenue, à l’est et à l’ouest, par des accords internationaux et, au sud, par les officiers du Soudan, du Niger et du Tchad. En 1904, Laperrine entreprit de réaliser la jonction des oasis sud-algériennes et de Tombouctou. Le 16 avril, après avoir traversé le Tanezrouft (le  » pays de la soif « ), il rencontra à Timiaouine le capitaine Théveniaut qui, au nom du commandant du territoire militaire du Niger et du commandant supérieur des troupes de l’Afrique occidentale française, lui disputa la suzeraineté des Iforas et lui interdit de pousser plus loin vers le sud. Ainsi furent tracées, à grands traits, à travers le Sahara, des limites administratives dont nul n’imaginait, alors, qu’elles pourraient se consolider un jour en frontières d’Etats.  »

III / ASIES
Brocheux Hémery p. 57 :  » Maintenant le ciel est bas, la terre est haute.  » Voir p. 237 Millénarismes et messianismes

La révolte des Taiping (1850-1864)

Avant l’empiètement occidental, il existe des mouvements contre la dynastie mandchoue des Tsing, voulant restaurer les Ming (Lotus blanc, Triade). Entre 1820 et 1850, nombreuses insurrections, notamment dans le sud de la Chine.

Les diables étrangers.

Contemporaines des guerres de l’Opium : selon l’historien britannique Morse, à la  » soumission  » de la Chine vis à vis de l’Occident a succédé la  » subjugation « .

Bernard Brizay, Le Sac du Palais d’Eté, p. 43 : 3 De 1850 à 1863, une formidable insurrection nationaliste et populiste, celles des Taiping, a bien failli emporter la dynastie mandchoue des Qing. Le père Wieger trace le portrait de leur chef, un illuminé, un certain Hong Xiuquan :  » Né près de Canton, dans une famille pauvre, Hong étudia, échoua aux examens, se fit maitre d’école, puis devin, lut des tracts protestants… lut la Bible avec beaucoup de zèle et peu d’intelligence, découvrit qu’il était le second fils de Dieu le Père et le frère cadet de Jésus (manie qui se rencontre dans les hospices d’aliénés en Europe) ; precha sa doctrine sur les marchés, s’attacha les pirates alors désoeuvrés parce que les Anglais poursuivaient partout leurs jonques, et leva l’étendard contre la dynastie mandchoue. » Hong veut en effet renverser les Mandchous. Pour lui, les empereurs Qing ont perdu le « mandat du Ciel », incapables qu’ils sont de défendre les intérets vitaux de la Chine, de résister aux étrangers et d’empecher l’usage de l’opium. Cette réaction nationaliste trouve des racines dans l’aggravation de la misère paysanne, provoquée par l’explosion démographique et l’immobilisme social du gouvernement de Pékin. Il est suivi par des millions de Chinois, hostiles à la dynastie mandchoue. Ayant fréquenté des Européens à Canton, il en a retenu la supériorité de leurs techniques et aussi quelques éléments de religion protestante.
Avec leurs longues chevelures (ils refusent de se raser le crane à la mandchoue), les « brigands rouges » (avec leurs turbans écarlates) se disent chrétiens. Et bientôt Hong se déclare Roi du Ciel, second Fils de Dieu, « le cadet de Jésus-Christ ». Les Taiping s’interdisent l’alcool et le tabac, l’opium et le jeu. Ils proclament l’égalité de s sexes. Partout où ils passent, ils détruisent les temples bouddhiques, coupables d’abriter des idoles. Insurrection paysanne, la révolte taiping s’en prend aux propriétaires fonciers, pronant une loi agraire égalitaire et communautaire. Cette volonté de partage des terres sera reprise, cent ans plus tard, par un certain Mao Zedong…
Les Taiping étaient organisés – comme le rapportent divers chroniqueurs de l’expédition de 1860 – d’une manière tout à fait remarquable pour le pillage et pour le meurtre. Regroupés en quatre bandes, reconnaissables à leur bannière, noire, rouge, jaune et blanche, chaque bannière avait une mission à remplir :
l la bannière noire est chargée de tuer, d’égorger vieillards, femmes et enfants ;
l la bannière rouge de tout incendier ;
l la bannière jaune de piller et d’arracher l’argent des victimes et aussi de recruter ou d’enlever des jeunes gens pour les incorporer dans les rangs de l’insurrection ;
l la bannière blanche, enfin, d’approvisionner les autres en vivres.
Partis de la province de Guangxi, tout au sud de la Chine, ils gagnent celle de Guangdong, puis conquièrent en deux ans le moyen et le bas Yangzi. Ils s’établissent en 1853 à Nankin, dont ils font leur capitale, après avoir créé en Chine du sud un véritable état dissident. La durée et l’ampleur de la révolte des Taiping la font considérer comme la plus grande guerre paysanne de l’histoire. Elle a porté un coup fatal à l’enseignement traditionnel dans le grand foyer de culture chinoise qu’était la vallée du Yangzi. Des trésors inestimables, des collèges fameux, des chefs-d’ »uvre de l’art chinois (tels que la pagode de Porcelaine de Nankin). On estime à 20 millions de morts le cout humain de cette folie historique, souvent assimilée à une simple jacquerie ou à un énorme acte de brigandage, qui a duré près de quinze ans, ravagé 16 provinces chinoises sur 18 et ruiné 600 villes.  »
EU, (Thesaurus) :  » Les rebelles Tai-p’ing, qui animèrent une grande insurrection en Chine de 1850 à 1864, étaient des adeptes d’une religion dont le syncrétisme alliait des à des éléments de traditions populaires anciennes (tai-p’ing signifie « grande harmonie ») de nombreux emprunts chrétiens.
Leur chef, Hong Sieou-ts’iuan, malade et déprimé pour avoir échoué trois fois aux examens officiels, avait eu en 1837 des visions célestes. Il en fit une description détaillée quelques années plus tard : au Ciel, on lui avait ouvert le ventre et remplacé ses vieux organes par de nouveaux. Ensuite, la Mère céleste, qui l’avait appelé « mon fils », le fit se baigner dans une rivière et se purifier ; elle le conduisit devant un vieil homme qui avait l’air d’un souverain dont la majesté semblait au-delà de toute mesure, et qui se révéla n’etre autre que le Père céleste des chrétiens, créateur du monde et des hommes. Celui-ci avait condamné Confucius et son enseignement, et exposé à Hong que le monde avait abandonné l’adoration de l’unique vrai Dieu pour se tourner vers l’idolatrie sous l’impulsion des diables, qui d’ailleurs ne s’agitaient pas seulement sur terre mais aussi dans les trente-trois Cieux ; le chef supreme de ces diables, Yen-lo, était capable de dix-huit transformations. Le Père céleste avait chargé Hong de combattre l’idolatrie et d’instaurer le royaume du salut sur la Terre. Il lui avait remis un sceau qui confirmait son autorité pour lutter contre les diables, et une épée pour les anéantir. Il lui avait également conféré le titre de roi céleste de la Paix universelle (t’ai-p’ing t’ien-wang)
Ce n’est qu’en 1843, après un nouvel échec aux examens, que Hong déclara comprendre le vrai sens de ses visions : Jésus, premier fils de Dieu, fils né de la Mère céleste en naissance céleste et né de Marie en naissance terrestre, n’avait pas réussi, malgré sa mort sur la Croix, à accomplir sa charge divine. Celle-ci était maintenant transférée à Hong, lui-meme deuxième fils de Dieu, né en naissance céleste par la Sainte Mère céleste, et donc frère cadet de Jésus, pour libérer le monde de l’idolatrie et de la domination des diables, domination illustrée entre autres par la dynastie des Mandchous. En 1846, Hong eut l’occasion de suivre pendant deux mois à Canton, l’enseignement du missionnaire baptiste américain Issachar Roberts. Mais déjà, en 1843, Hong avait commencé à precher la nouvelle foi, y gagnant des amis, des membres de sa famille et, enfin, les foules. Cette évangélisation conduisit à la formation de l’association des Adorateurs de Dieu (pai chang-ti houei) d’où est sorti le mouvement des Tai-p’ing.
Les croyances de ces nouveaux chrétiens sont évidemment loin de l’orthodoxie, soit catholique, soit protestante. Ainsi le Père céleste, très anthropomorphe, est un père de famille, avec une première et une seconde épouse, père à qui son fils Jésus a amené une belle-fille. Les Tai-p’ing n’admettent ni la divinité du Christ ni l’eucharistie. La trinité est acceptée tant bien que mal, mais le Saint-Esprit n’est que la voix de Dieu, par laquelle il transmet ses ordres en descendant sur l’un ou l’autre des deux grands assistants de Hong. Cette religion exige la stricte observance d’une morale personnelle et d’une morale communautaire, qui se réfère aux dix commandements et comporte les notions de péché, de repentir et de rémission. Le bapteme est conféré, après qu’une confession des péchés a été faite par écrit puis brulée, le baptisé promettant de ne plus pécher, de ne pas vénérer les idoles et d’observer les commandements de Dieu. La prière est à pratiquer le matin et le soir, le dimanche, les jours des fetes et à maintes occasions. On prie pour les morts. L’ascension au paradis est assurée aux combattants tombés à la bataille. L’adultère et la prostitution sont condamnés. Le mariage dépend toujours de l’autorisation de Hong. Des concubines sont permises aux grands chefs. Le culte des idoles, expression de la domination démoniaque, est combattu avec violence. Divination, géomancie, sorcellerie, guérisons magiques, conjuration des morts sont interdites.
Hong Sieou-ts’iuan se suicida en 1864, après l’échec du mouvement tai-p’ing.  »
Corrélats :
Chine – Symbolisme traditionnel et religions populaires 4-363 c :  » Confucius comparait le bon souverain à l’étoile polaire qui reste immuable alors que les autres astres tournent autour d’elle : cette métaphore illustre l’idéal politique des anciens Chinois, selon lequel le souverain fait régner l’ordre par sa seule vertu, sans avoir à recourir aux lois, c’est-à-dire aux chatiments, car la Chine ne connaissait point d’autre droit que le droit pénal. Le souverain et son administration incorporaient un système de relations harmonieuses entre les hommes et le cosmos. Si cette harmonie avait été parfaite, on eut vu se réaliser enfin cette Grande Paix ou Grande Justice (Taiping [T’ai-p’ing]), qui représente la grande aspiration utopique du peuple chinois : la première grande révolte populaire, dirigée par des chefs religieux, fut précisément celle des Turbans jaunes, lesquels proclamaient l’instauration d’une ère Taiping, ce terme n’impliquant pas une idée d’égalité, mais d’équilibre harmonieux, où chaque etre serait situé à sa place dans le Grand Tout et accomplirait sa tache dans le secteur qui est son partage.  »
Chine – Histoire jusqu’à 1949 4-292 c : Avec l’ouverture aux nations occidentales  » il semblait que la dynastie mandchoue était en train de perdre le « mandat du Ciel », qu’elle était incapable de défendre les intérets vitaux de la Chine. C’est dans ce contexte que se déclenche vers 1850-1870 une très puissante vague de soulèvements populaires, dont l’originalité est d’etre l’expression conjointe de la crise sociale et politique chinoise, qui murissait depuis la fin du XVIIIe siècle, et de l’intervention occidentale.
Le plus important de ces mouvement est la révolte des Taiping (1850-1864), à la fois paysanne, nationale et moderniste. Les rebelles s’en prirent aux propriétaires fonciers et attaquèrent les bureaux administratifs (yamen) ; leur loi agraire égalitaire et communautaire, qu’ils promulguèrent en 1853, les rattache à la tradition des jacqueries d’autrefois, autant que leur nom lui-meme (le terme de Taiping, « grande harmonie », avait été maintes fois utilisé comme slogan par des révoltes paysannes de l’ancienne Chine). Leur opposition au régime impérial est en meme temps politique : ils veulent libérer la Chine des Tartares, et, dès 1851, leur chef Hong Xiuquan [Hong Sieou-ts’iuan] proclame l’avènement en sa personne d’une nouvelle dynastie chinoise, à caractère national ; de ce point de vue, les Taiping sont les héritiers des sociétés secrètes anti-mandchoues des XVIIe et XVIIIe siècles. Mais leur originalité est d’etre en meme temps influencés par l’Occident. Plusieurs de leurs chefs, en particulier Hong lui-meme, avaient fréquenté les missionnaires anglo-saxons de Canton ; la religion taiping est un curieux mélange de traditions populaires anciennes et d’emprunts chrétiens. Hong se proclamait second fils de Dieu, égal au Christ en dignité, et la Bible tenait une grande place dans les cérémonies religieuses Taiping. L’intérêt que les rebelles portaient à l’Occident ne se limitait d’ailleurs pas au christianisme, ils créèrent un calendrier solaire, pour remplacer le vieux calendrier lunaire chinois ; ils élaborèrent un projet de réformes à caractère moderniste, qui prévoyait des chemins de fer, une presse de type occidental, des postes modernes.
L’insurrection Taiping aboutit à la formation en Chine du Sud d’un véritable Etat dissident dont la capitale était Nankin, et qui se maintint pendant treize ans. Il s’agit donc d’un mouvement d’une ampleur et d’une durée sans précédent, qui mit en mouvement des dizaines de millions d’hommes et qui est peut-etre la plus grande guerre paysanne de l’histoire (ou du moins de l’histoire des sociétés pré-industrielles).
Mais les Taiping furent finalement vaincus, et les Impériaux réussirent progressivement à réduire leur zone d’influence, pour les liquider complètement en 1864. De cet échec, les rebelles étaient les premiers responsables. Car, une fois retombé l’élan initial, ils n’avaient pas réussi à se dégager du modèle social que constituait la Chine impériale : la loi agraire n’avait guère été appliquée ; le pouvoir était accaparée la néo-féodalité des wang (rois) qui avaient leurs propres forces armées et s’enrichissaient au dépens des villages. Les dissensions entre wang affaiblirent aussi le mouvement ; en 1856, deux des principaux chefs, avec plusieurs dizaines de leurs partisans, s’entretuèrent.  »
Peinture – Les techniques 12-709 b : trait intéressant, en Chine la peinture murale tombe en désuétude à partir des Song au profit de la peinture en rouleau, sauf  » le bref et étonnant intermède des Taiping : les dirigeants de ce mouvement entreprirent à nouveau de faire décorer leurs résidences officielles de vastes peintures murales d’une vitalité remarquable.  »
Pékin 12-721 a :  » Les Taiping lancèrent en 1854 et 1855 deux expéditions infructueuses contre la capitale de la Chine. Ainsi se confirmait le caractère régional, sudiste, de leur mouvement et son incapacité à soulever les paysans de Chine du Nord.  »

Fils du Roi du Ciel, que l’on ne peut écrire qu’avec des majuscules.

Transcription du sceau de Hong Xiuquan :
(Of) God the Father, the Heavenly Elder
Brother Christ, the heavenly King Hong,
The sun, ruler of the bountiful earth
(and) the saviour and young Monarch,
the true King, Guifu, Exalted for a myriad years,
eternally maintaining heaven and earth
in gracious harmony and convivial peace

Création de l’Etat Taiping le 1er janvier 1851 (L’Etat céleste de la Grande Paix)
Prise de Nankin le 19 mars 1853.

l La révolte des Boxers
(Loti, Les Derniers Jours de Pékin)

l Vietnam / Nguyen Khi Dong
Au moment de la conquete,  » résistance des guerillas paysannes, relancées en 1867 par les fils de Phan Thanh Gian [celui qui vient à Paris avec Pétrus Ky voir Boudet p. 18-19], soulèvements de l’achar Sua (1864-1866) et du bonze thaumaturge Poukombo (juin 1866-décembre 1867) au Cambodge.  » (Brocheux Hémery p. 35).
Brocheux / Hémery p. 191 :  » En 1937 certains « Moi », sous la direction du sorcier Sam Bram, se révoltèrent : une colonne mobile de répression parcourut la région de Pleiku.  »

Brocheux/Hémery pages 237-239 : Cao Dai. Hoa Hao.
Hoa Hao du nom du village natal de son prophète, Huynh Phu So, guérisseur et prophète, assassiné par le Vietminh en 1946. So se présente comme la réincarnation de Bouddha Maitre de la Paix de l’Ouest (Phat Thay Tay An). En fait, le mouvement remonte au XIXe s. :  » Doan Minh Hyen, la première réincarnation connue, apparut en 1849, dans les collines aux environs de Chaudoc, aux confins du Cambodge et du Vietnam actuels. En distribuant des amulettes porteuses des quatre idéogrammes Buu Son Ky Huong ( » Montagne précieuse à l’encens mystérieux « ), il precha la religion du Bien (Dao Lanh). A la fois courant mystique et organisation communautaire se livrant au défrichement des terres, le Dao Lanh fut impliqué d’emblée dans la résistance contre la conquete française du delta du Mékong : le millénarisme et le messianisme de la religion trouvaient un objectif de plus dans l’expulsion des Français. Ses prophètes pouvaient identifier l’apocalypse et l’avènement de l’ère de Justice et de Lumière avec la libération nationale. La référence affichée est donc un bouddhisme maitreyaiste, épuré des fastes culturels et sans clergé. La religion Hoa Hao s’implante sur terreau spécifique, fait de la confluence des cultures khmère, viet et chinoise de la zone pionnière où l’encadrement « orthodoxe » par des lettrés confucéens est faible, voire inexistante. La population attend beaucoup des cuu zan do the (« ceux qui prennent soin du peuple ») ; tout Bouddha réincarné est en meme temps un pasteur des ames et un guérisseur des corps. Autant dire que la vigueur et la faiblesse, tout à la fois, de cette religion tiennent au charisme d’une personnalité, d’où les alternances de flux et de reflux, sans oublier que cette religion resta circonscrite dans des limites géographiques étroites.  »

Ky Dong
Ky Dong de son vrai nom Nguyen Van Cam, Ky Dong (1875-1929),  » l’enfant merveilleux « , célébré dans la province de Thai Binh, au c »ur du delta du fleuve Rouge, pour son intelligence et sa précocité, lance un mouvement prophétique et millénariste. De retour d’Alger, où il a obtenu son baccalauréat, il exploite une concession dans la région de Thai Nguyen à proximité du maquis tenu par Hoang Hoa Tham (dans le Yen The), où il distribue des brevets de mandarins pour marquer leur dévalorisation. Très vite, près de trois mille personnes dont beaucoup de lettrés et de paysans accourent pour demander asile. Inquiet, le gouverneur Paul Doumer le fait arreter et déporter à Tahiti.  » (Dictionnaire de la colonisation, p. 395)

Nguyên Thê Anh p. 168 :  » La pacification pouvait alors être considérée comme définitive : les troupes ne subirent au feu aucune perte en 1897. Les campagnes tonkinoises allaient certes encore être agitées sporadiquement par des flambées insurrectionnelles. Mais ces mouvements, de durée et de portée limitées, qui ignoraient la domination française plutôt qu’ils ne s’y opposaient, n’étaient animés par aucune doctrine politique nien définie, sinon par une vague croyance en la mission providentielle de chefs guidés par le surnaturel dans leur lutte pour restaurer l’indépendance nationale, que ce fût sous un nouveau roi protégé du Ciel ou sous un descendant de l’empereur Gia-Long. Ils n’étaient plus inspirés que par des illuminés, guérisseurs, devins, médiums, lesquels, ayant acquis quelque notoriété local grâce à un pouvoir présumé magique, allaient puiser dans l’institution traditionnelle sa dimension du sacré pour établir des références tout à fait différentes. La liste était longue de ces prétendus messies qui, se présentant comme des réincarnations de génies protecteurs du pays, avaient pu impressionner les paysans avec des prédictions de type populaire et des pratiques magiques pour les persuader qu’ils obéissaient à une volonté supérieure. [note : ainsi Mac Dinh Phuc, qui prétendait commander à des forces infernales et attaqua Hai-phong en décembre 1897 avec une troupe de partisans sommairement armés portant l’insigne « soldats du ciel » (A.O.M., Gouv. Gén. Indo, dossiers 20291, 21283). Ou Nguyên Van Câm, surnommé Ky Dong (l’enfant merveilleux), qui provoqua des mouvements de foule à Thai-binh et Hai-duong en faisant croire à sa qualité d’envoyé céleste (A.O.M., Rés. Sup. Tonkin, dossiers 34514-34515 ; A.O.M., Indochine NF 50/602). Ou encore la société secrète Thuong Chi (Volonté supérieure), qui utilisa les croyances populaires pour étendre son audience, présentant à la population ses chefs comme des réincarnations des génies du mont Tan-viên et de Giong ; l’action qu’elle organisa, consistant en une attaque simultanée de la citadelle de Ha-noi et des villes de Hai-phong, Hai-duong et Thai-binh dans la nuit du 5 décembre 1898, avorta avant même d’être engagée (A.O.M., Gouv. Gén. Indo., dossier 6069).] Ces mouvements messianiques, dont les recrues reçurent généralement pour toute arme des talismans censés les rendre invulnérables, ne pouvaient en aucune façon menacer sérieusement l’ordre colonial. Ils dénotaient en revanche le discrédit des institutions monarchiques, et soulignaient l’instabilité née du démantèlement auquel avait été soumis le pays.  »

Rencontre avec Pascal Bourdeaux le 25/05/07
Sources possibles :
l Thèse de Pascal
l Cahiers d’études vietnamiennes (Paris VII – voir Emmanuel Poisson : article sur Ky Dong) = faux
l Christian Culas : thèse sur le messianisme Hmong (CNRS Hanoi), Le Messianisme hmong aux XIXe et XXe siècles, CNRS – Maison des sciences de l’homme, Paris, 2005
Préface :  » Sans doute n’est-il pas indifférent au caractère prophétique des projets messianiques élaborés chez les Hmong, société de tradition orale, que plusieurs « messies » aient inventé des écritures  » (p. XI). (comme ce chef boroboro qui  » écrivait  » à l’imitation de l’ethnologue Lévi-Strauss, de longues lignes entortillées…)

l Jeremy Jammes : thèse sur le caodaisme
l David Palmer : EFEO Hong-Kong : thèse sur le Falungong.

Sur la situation en Asie du Sud-Est, Christian Culas :  » A propos des mouvements messianiques et millénaristes en Asie du Sud-Est continentale, je ne donnerai que quelques exemples. Pour le sud du Laos, « le mouvement de résistance au pouvoir colonial de la minorité proto-indochinoise du plateau des Bolovens entre 1901 et 1936 a été étudié par François Moppert (1978). En Thailande, les cas de millénarisme recensés depuis le XVIIIe siècle sont nombreux ; ils touchent toutes les régions du pays et s’expriment sous des formes diverses, dont la plus connue est celle du « bonze qui devient roi ». Quelques études en langues occidentales sont disponibles : Ishii (1975) ; Keyes (1977), mais les publications les plus détaillées sur ce sujet sont en thai : Tej (1967). Le Nord-Est de ce pays a connu plusieurs mouvements messianiques depuis le XIXe siècle. L’un des plus importants, celui de 1901, analysé par Charles Archaimbault (1980), se caractérise par ses prophéties, selon lesquelles « la terre deviendra de l’or dans les chaudrons et l’ordre du monde sera renversé. » Le Vietnam est également le siège de plusieurs mouvements prophétiques et fortement syncrétiques. Les deux plus importants sont la secte Cao Dai, qui puise « le meilleur de toutes les religions universalistes » pour sauver ses fidèles, et le mouvement de Hoa Hao, fondé sur un bouddhisme « réformé », qui était à l’origine des révoltes de 1875 et 1913 contre l’administration coloniale française en Cochinchine.  »

Trains du monde :
l Transindochinois
l Le Hanoi-Yunnan avec ses 100 ponts et 150 tunnels.

16 juillet 2008, CAOM
Consulation de Indochine NF 602 (Fonds ministériels INDO/NF/602 (carton 50)
GG Indo à ministre des colonies 25/11/1897 : ? Ainsi que je vous ai informé par mon cablôgramme confidentiel du 18 courant, le Dê-Tham et sa bande viennent de faire leur soumission. / Je vous avais mis au courant par ma lettre du 5 septembre dernier n? 2073, des mesures que je faisais prendre pour venir à bout de cette bande insaisissable et dangereuse. L’agitation commencée depuis longtemps déjà, – et que j’avais constatée dès mon arrivée au Tonkin, – faite dans certaines provinces autour d’un jeune homme, le Ky-Dong, prenait à ce moemnt une importance qui éveillait notre attention. Le Ky Dong était considéré par beaucoup d’Annamites comme une sorte de prophète ou de génie. Tout enfant, il avait montré des aptitudes littéraires, réputées miraculeuses, et il joua un rôle lors de l’occupation de Nam-Dinh par les troupes françaises. On l’avait pris, un drapeau à la main, à la tête d’une bande qui marchait contre nos soldats. Il a été, depuis cette époque, envoyé à Alger, à nos frais, et instruit au lycée de cette ville. Il y entretint des relations avec le prince ham-Nghi. / Revenu au Tonkin, l’ancienne légende sur son caractère quasi-divin fut colportée de nouveau et acceptée par la population. Nos ennemis en profitèrent : ils prétendirent que Ky Dong était l’homme prédestiné qui chasserait les Français du Tonkin, rétablirait les descendants des anciens rois, et donnerait au peuple l’abondance et le bonheur. Ils parvinrent à convaincre le Ky Dong lui-même du grand rôle qu’il avait à jouer. Pourtant celui-ci continuait à assurer les Français de son attachement, et lorsqu’il vint me voir à Hanoi, il y a plusieurs mois de cela, il me fit des protestations de reconnaissance pour la France et de dévouement à ses représentants. La vie qu’il menait alors ne semblait pas devoir le rendre dangereux. Mais au mois d’avril ou de mai de la présente année, il s’associa avec un Français, le dr Gillard, pour exploiter une concession territoriale au Yen-The, dans le pays même où opérait le plu ssouvent la bande du Dê-Tham. Le Ky Dong se rendit au Yen Thé et fit parcourir les provinces du delta par ses émissaires qui appelaient à lui la population, sous le prétexte de cultiver les riches terres du Yen Thé. Le mouvement d’émigration commença très rapidement et prit en peu de temps un caractère insolite, sinon inquiétant. Des ordres furent donnés pour que cet exode fût surveillé de près dans les provinces et au Yen-Thé, où s’opérait la réunion. / Les gens qui se réunissaient autour de Ky Dong, à Cho Kei, partaient en général sans leur famille, et emportaient des sommes d’argent relativement importantes. / J’avais invité le Commandant du 1er Territoire, sur lesquelles étaient situées les terres à mettre en culture, à tenir constamment sous l’oeil des postes militaires cette agglomération d’hommes, sans armes il est vrai, mais dont le grand nombre faisait le danger. Sur les 2500 à 3000 personnes réunies autour de Ky Dong, il y avait moins de cultivateurs que de gens n’ayant jamais touché à la terre, – lettrés ou anciens mandarins. La surveillance exercée nous amena à constater en même tempsn d’une part qu’il était répandu des poésies et des proclamations où l’on parlait d’un génie qui délivrerait bientôt le Tonkin, et de la nécessité pour les Annamites qui voulaient participer à son gouvernement de se réunir dès à présent à lui, – d’autre part que des relations par des émissaires s’étaient établies entre le Ky Dong et le Dê Tham. / L’ordre fut immédiatement donné d’arrêter sur le champ le Ky Dong et de l’expédier à Saigon par le paquebot qui était sur le point de partir, et de s’assurer de la personne de tous les chefs des villages constitués sur la concession. L’opération fut exécutée avec une précision parfaite par le chef de bataillon Péroz, Commandant du cercle de Yenthé. Le Ky Dong fut enlevé de nuit et embarqué sur une chaloupe qui attendait à hulang Thuong pour le conduire à Haiphong. Le lendemain les chefs de villages étaient internés dans le poste militaire de Nhanam, et les sommes réunies par le Ky Dong, montant à plus de vingt mille piastres, étaient saisies. / Ces mesures, prises brusquement, eurent l’effet attendu : les partisans du Ky Dong, privés de tous leurs chefs, s’inquiétèrent et ne tardèrent pas à reprendre en grand nombre le chemin de leurs villages. […] ?

Lettre 1097 Nguyên Thi Khai (mère de Ky Dong ?) au ministre des colonies. KD envoyé à 13 ans en Algérie. ? En 1899 je me suis adressée auprès de Mr le Résident France de ma province pour lui demander le résultat de ce sujet ce dernier m’a répondu qu’il ne le connaissait pas. – En 1903 je me suis adressée de nouveau auprès de Mr le Résident supérieur pour lui redemander le même sujet il m’a répondu également qu’il ne le savait pas. / Monsieur le Ministre des Colonies, moi je suis une pauvre veuve je me pense que le réfrichement est utile pour l’Etat et intérêt pour le peuple ce n’est pas une infection que commis mon fils. / S’il était vraiment coupable Mr le Docteur Gillard l’aurait pu témoigner. / Plus de dix ans mon fils éloigné de moi et n’ayant pu retourner à notre terre pour veiller ma vieillesse. / Comme l’amour d’une mère à ses enfants me permets de vous adresser la présente enquête en suppliant votre haute puissance de vouloir bien examiner sur le fait que je vous implore ci-dessus ce dont je vous serai très reconnaissante. / Je prierai à Monsieur le Ministre de vouloir bien me faire connaître le lieu où mon enfant est actuellement détenu ; j’ai l’honneur de vous saluer dit mille fois. ?

Déporté en 1897 – 17 février 1900 Transfert de KD de Tahiti aux Marquises.
Auparavant KD était interné en Nouvelle-Calédonie (presqqu’île Ducos) ? Le Ky Dong a pris passage sur l’aviso-transport de l’Etat l’  » Aube  » qui a quitté Nouméa le 5 mai 1899 à destination de Papeete.

Lettre du gouverneur de Nouvelle-Calédonie à ministre des Colonies du 10/02/1899 – ? cet annamite dont la présence était une cause d’embarras sérieux et incessants pour l’Administration pénitentaire de la Nouvelle Calédonie.

Lettre 3 février 1899 : gouverneur Nouvelle Calédonie à Ministre des colonies. Le déporté Châtelain dénonce un prétendu projet d’évasion de KD.

Lettre de KD à Monsieur Phan Van Tien au canton de Ngoc quoet province de Thai Binh Tonkin. Lui demande des livre de géométrie : ? Géométrie analytique ? par Briot à l’usage des élèves de mathématique spéciale (à 2 et à 3 dimensions) – ? Algèbre à l’usage des élèves de math. Spaciale par Briot ou par G. Longchamps – ? Géométrie supérieure à l’usage des élèves de math. Spéciale – ? Cours complet d’arithmétique (de Dufeuilly) ? Géométrie descriptive à l’usage des élèves de l’école centrale et polytechnique par Juriseh.

21 décembre 1899 à Papeete gouverneur des établissements français d’Océanie à ministre des colonies : Ky Dong circule librement. Tenu de se présenter chaque matin à la gendarmerie. Loge en ville. Facilité d’évasion. ? J’ai pensé, dans le but de prévenir cet événement, qu’il était préférable de transférer cet annamite dans l’archipel des Marquises qui réunit, mieux que Tahiti, les conditions que doit offrir un lieu de déportation. / J’ai, en conséquence, l’honneur de vous rendre compte que je donne des ordres pour que Ky Dong soit expédié dans le dit archipel, où il sera placé sous la surveillance directe de l’Administrateur, par le vapeur  » Croix du Sud  » à son voyage de fin décembre. ?

Marseille, 23 mai 1898 – Commissaire des colonies Le Collos à ministre des colonies, ? J’ai l’honneur de vous confirmer mon télégramme d’hier, 22 mai, vous informant de l’embarquement à bord de la ? Ville de la Ciotat ? de Nguyên Van Cam, dit Ky Dong, et de vous rendre compte des mesures prises pour assurer l’heureuse arrivée de cet annamite à destination de Nouméa.

Document de signalement du gouvernement de tahiti aux présidents des conseils de district, papeete, le 5 juin 1899 : ? Il y a actuellement à Papeete un Annamite nommé Nguyên Van-Can (sic), dit Ky Dong, déporté à Tahiti. C’est un jeune homme de 23 ans environ, petit, mince, ressemblant à un Chinois mais vêtu à l’européenne et parlant très bien le français.
Nom : Nguyen-Van
Prénom : Cam
Surnom : Ky Dong
Né le 14 août 1876 à Nordin, Province de Thai-Bindh, Tonkin.

Fils de Tink et de Nguyen-Thi Khai.
Profession : néant.
Marié. Sans enfants
Taille : 1m62

Visage : Rond
Front : Découvert
Yeux : Noirs
Nez : Camus
Bouche : Moyenne
Menton : Rond
Cheveux et sourcils : Noirs
Teint : Bronzé

Marques particulières : Cicatrice à droite du sourcil droit
Parle le français

N? d’écrou n? 3921 – Prison centrale de Saigon – Bulletin de transfèrement – ? Nguyen Van Cam dit Ky-Dong Tinquinois, né à Ngoc-Dinh, province de Thai Binh, huyen de Huyen-ha, phu de Tien-Hunh, né le 14 octobre 1875 fils de feu Nguyen Van Tinh et de Nguyen Thi Cai, marié le 11 avril 1897 à la nommée Pham thi Cai (sans enfant). Embarqué pour France à bord du Cholon par décision de M. le Gouverneur général en date du 24 janvier 1898. Saigon, le 26 mars 1898, le directeur de la prison.

Transfert de Marseille à Nouméa sur le paquebot Ville de la Ciotat en passager 3e classe.

Arrêté du 24 janvier 1898 du gouverneur général Paul Doumer : ? Attendu qu’il résulte des renseignements fournis par les autorités de la province de Bac-Giang et du cercle du Yen-Thé que le né Nguyên Van Cam dit Ky Dong, qui s’était rendu dans le Yen-Thén suivi d’une foule considérable d’Annamites, sous prétexte de mettre en valeur une concession, est entré en relations avec le Dê-Tham, à cette époque non encore soumissionnaire, et qu’il lui a fourni de l’argent et des vivres ; / Attendu que les pièces saisies à ChoKei, dans les maisons des chefs subalternes qui entouraient Ky-Dong et qui passaient pour ses chefs de culture, prouvent que Ky Dong et ses partisans avaient pour véritable but, en se rendant au Yen-Thé, d’y préparer une rébellion qu’ils voulaient organiser dans le Delta ; que les proclamations séditieuses dont le texte était inspiré par Ky Dong et dont plusieurs exempliares, répandus dans la populaition ou affichés, ont été saisis en même temps qu’on les trouvait dans les maisons de Bhokei, montrent que le désir et les intentions de Ky-Dong étaient de renverser l’ordre des choses existant ; / Attendu que l’influence exercée par Ky-Dong sur les Annamites ne peut être contestée, qu’elle est de nature à éveiller les mauvaises passions ; / Que si sa participation directe dans les désordres du 19 décembre dernier ne saurait être établie, il esr certain que les fauteurs de ce désordre sont pour la plupart ses anciens compagnons et qu’ils se sont servis du nom de Ky Dong et de ses enseignements pour pousser les annamites à commettre des méfaits ; / Que la présence de Ky Dong sur le territoire de l’Indo-Chine peut être dangereuse ; / Que la peine de l’exil se trouvant justifiée par les agissements de Ky Dong, il importe de choisir le lieu de son exil assez éloigné de l’Indo-Chine pour qu’il n’y puisse nouer nulle intrigue ; / Sur la proposition du Résident Supérieur du Tonkin ; / arrête : article unique. L’Annamite Nguyen van Cam, dit Ky Dong, sera déporté à la Guyane française (rayé et remplacé par Tahiti) et sera interné jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné. / Hanoi, le 24 janvier 1898 signé Paul Doumer.

17 mai 1898 : KD à Saint-Martin de Ré : expédié à Marseille.

Note sur les troubles du 15 (?) décembre 1897 : ? Dès sa plus tendre enfance, les aptitudes littéraires réputées miraculsues le firent considérer par beaucoup d’annamites comme une sorte de prophète ou de génie. Cette légende ne tarda pas à se répandre et avait à peine une dizaine d’années lorsque on le vit à l atête de plusieurs centaines d’annamites (?) il sommer le commandant de la citadelle de Nam-Dinh de lui rendre la place (?) Arrêté quelques temps après en raison de l’agitation qu’il provoquait ou tout au moins à laquelle il servait de prétexte dans la région, il faut envoyé à Alger et instruit à nos frais dans le lycée de cette ville d’où il sortit avec le diplôme de bachelier es-sciences. / Pendant son séjour en Algérie, il entretint des relations avec le prince Ham-Nghi, ancien roi de l’Annam détrôné à la suite du guet-apens de 1889 (?)

IV OCEANIES

Culte du Cargo

Des cultes éparpillés comme les iles de ce continent, une poussière d’iles surgie de l’océan.

EU Océanie :  » pour les naturels, les Blancs sont des ancêtres venus de l’au-delà mais qui, eux-mêmesn n’en sont pas conscients.  » Drame de la rencontre sous l’espèce du malentendu.

 » En Nouvelle-Zélande, les guerres maories (1844-1872), assorties en 1858 de la création d’un royauté « nationale » et d’un curieux messianisme, aboutissent à la démoralisation de la race vaincue. »

Dont certains prophètes ou messies ont perdu leur nom comme ces maitres de la peinture désignés par le lieu de leur résidence ou naissance (maitre de Flémalle, de Moulins, etc.)

EU :  » Luxuriance de ses cultes du cargo ou de l’avion miracle : les richesses dont le débarquement est escompté sur un quai ou un terrain d’atterrissage dument préparé, seront remises non aux Blancs mais aux autochtones, car les Ancetres auront repris aux Blancs les secrets d’une prospérité et d’une abondance qui était bien à eux in illo tempore, en ce temps bienheureux qui précéda la colonisation européenne.  » (travaux de Guiart et Worsley entre autres).
Voir Archives de sociologie des religions, V, p. 38-47.

Marquis de Sade, Aline et Valcour ou le Roman philosophique, 1793 : utopie située en Polynésie.

Thème du cargo :  » on attend un bateau avec un chargement de produits européens qu’on distribue gratuitement aux indigènes.  »

Worsley fait remonter les mouvements millénaristes du Pacifique au environ de 1850, tout en expliquant qu’il y de fortes probabilités pour qu’ils soient antérieurs à l’arrivée des Européens.
En 1857, des missionnaires protestants signalent l’existence d’un mythe prédisant le retour d’un des héros-culturels indigènes chez les peuples de Papouasie, autour de ka Baie de Geelvink (Nouvelle-Guinée hollandaise).
Vers 1867, un prophète se dit le précurseur du héros et incite les gens à abandonner leurs chants, car le millenium est proche : le héros apporterait avec lui de la nourriture et tout ce que les gens pouvaient désirer. Il n’y aurait plus de mort, plus de maladie, etc.
Ces mouvements touchent essentiellement la Mélanésie. Quelques uns en Micronésie et Polynésie.
Type du mythe (Worsley) : les ancetres (ou le héros-culturel) arriveront à bord d’un navire ou d’un avion apportant le  » Cargo  » (terme de pidgin english désignant les marchandises transportées [fret]) que les Blancs retiennent loin des Mélanésiens. En réalité ce  » Cargo  » a été produit par leurs ancetres (ou par le héros-culturel) en Europe ou dans un autre endroit très éloigné. Les Blancs prétendent etre à l’origine de la production du  » Cargo « , mais en fait ils l’ont simplement volé, et l’on dit que souvent ils ont empeché par la force les ancetres de revenir. Quand ceux-ci viendront, l’ordre de l’univers sera changé. Les blancs deviendront noirs et vice-versa. Un cataclysme se produira qui conduira à la transformation totale de l’ordre du cosmos.
Thème de la culpabilité – charge anti-européenne –
 » Bon nombre parmi les plus anciens des cultes du  » Cargo  » sont visiblement dus à de légères modifications de mythes indigènes de la création, de cultes des ancetres et de cultes de guérison, de rituels de fertilité, de mythes cycliques du renouvellement universel, etc. Ceux-ci assimilèrent rapidement les thèmes apocalyptiques chrétiens tirés de l’enseignement missionnaire.  »
Dimension politique. En 1943, en Nouvelle-Guinée hollandaise, des indigènes armés de fausses carabines en bois prirent la mer sur des pirogues pour attaquer un navire japonais et furent décimés par des mitrailleuses.
 » La croyance fondant ces mouvements est déterminée par toute la structure de la société coloniale. L’indigène perçoit un ordre imposé par les Européens dans lequel se produisent alternativement des changements de gouvernement, des guerres désastreuses, des variations de prix apparemment dépourvues de sens, des fluctuations économiques de toute sorte. A travers le culte du « Cargo » il essaie d’analyser cet ordre irrationnel d’une façon rationnelle, puisqu’il voit les Européens, tout en ne faisant pas de travail manuel, recevoir néanmoins la part du lion. Ils ne peuvent par conséquent pas etre les producteurs du Cargo ; ceux qui travaillent sont noirs ; par conséquent le Cargo doit etre fait par des Noirs. [mais attention : la partition noirs/blancs est elle-meme intériorisation d’une séparation coloniale]. Et la source de la puissance des Européens apparaît comme un secret jalousement gardé, puisqu’ils donnent simplement des petits morceaux de papier et reçoivent en échange des marchandise (de là le symbolisme fréquent dans le culte, des lettres, papier, etc.)  »
 » Les cultes ont une fonction importante dans l’unification de groupes antérieurement séparés et habituellement hostiles. Dans ce sens, on peut les considérer cille les toutes premières manifestations du développement du nationalisme.  »
Ghost Wind
En Nouvelle-Guinée, entre 1940 et 1947, croyance que les ancetres sont revenus, comblant leurs parents et amis de richesses. Les esprits (européens) avaient caché ces richesses. En 1947, les gens attendent le  » Cargo « , sacrifices de cochons aux esprits. Les ancetres visitent en reve et donnent des instructions sur ce qu’il convient de faire aux Blancs. Défense de cultiver (grève). Licence sexuelle préconisée.
Luve ni wai
Aux Fidji, vers 1880 (cf article de Guiart) – Organisation autour du culte des ancetres. Il existe des mythes liés à des rituels et d’autres non. Visiblement, les mythes déliés du rituel sont ceux qui, plus facilement, ont permis aux sociétés de faire face à la catastrophe coloniale.
Les kalou vu sont des dieux dans culte organisé, des morts éloignés. Le plus important est Ndenggei, le dieu serpent, ce dieu lié au cosmos, maitre du tonnerre et des tremblements de terre prit une importance plus forte au moment de l’introduction du christianisme, symbole de résistance des cultes paiens.
Naked Cult ou Mamara (Esperitu Santo, Nouvelles-Hébrides) (1945-1951) : Tsek, pionnier réformateur, répudiation de tous les objets européens, dont les vetements. Retour à un purisme adamique. Répudiation de toute propriété privée. Liberté sexuelle. Attente de l’age d’or. Attente des richesses devant arriver d’Amérique.

Tuka (1863-1920) – iles Fidji
Profitant des circonstances de trouble et de luttes, Ndugumoi se mit à prophétiser le retour des petits-neveux du dieu Ndenggei, retour qui serait le signal d’un bouleversement cosmique : la religion disparaitrait et les blancs seraient chassés. Ndun gumoi exilé en 1878 revient au village quatre ans plus tard. Organise une véritable cour. Garde armée et escorte de jeunes filles. Preche de village en village et se dit immortel. Promet la vie immortelle (Tuka : Tu = ce qui se tient debout ; ka = chose).
Ces jumeaux de la mythologie :  » sont allés vers les pays des Blancs, là-bas la Bible fut écrite pour raconter leur histoire, mais on a changé leur noms en ceux de Jéhovah et de Jésus.  »
La Gazette Tuka

Ces mouvements désignés par leur site ou caractéristiques,  » le mouvement du prophète de Milne Bay  » comme on dit le retable du maitre de Moulins ou de Sienne.

Mambu
Nord-Est de la Nouvelle-Guinée années 1930

Mouvement Paliau

l Lecture de Worsley, The Trumpet shall sound, 13/08/07. Titre est tiré de la première épitre aux Corinthiens de saint Paul 15-51/52.
l Mouvement du prophète de Milne Bay (1893) – Une voile apparaitrait à l’horizon. Destruction des richesses, abandon du travail. Quand les blancs arrivent, les femmes et les enfants se sont enfuis, les hommes attendent, assis, en silence.
l Baigona Movement (1912)

l Mamaïa
18/12/05
Quel est ce mamaïa, mouvement syncrétique polynésien (vers 1827) : revenir à Segalen. Voir Mulhmann
Les Immémoriaux, chapitre ? Les Hérétiques ?. p. 215 : ? « Quoi de nouveau sur les « mamaïa ? »  » Les fous ? On savait bien qu’il y en avait toujours, nombreux ou rares, selon que le peuple les honorait en les déclarant « illuminés-du-dieu » ou bien les pourchassait à coups de massues, comme imposteurs. ? Dans le souvenir de deux prêtres espagnols, morts, l’un sanctifié, culte à Marie. L’inspiré = Téao. Page 220 : ? Souffle-du-dieu ! Souffle-du-dieu ! Descends au milieu de nous ! donne-nous de chasser les imposteurs et ceux qui ont volé ton nom ! O Kérito qui me pénètre, Kérito que nous avons connu bien avant qu’ils ne t’apportent, et invoqué bien avant qu’ils ne t’invoquent, donne-nous de faire périr tous les chrétiens ! Qu’ils meurent par ton nom ! Par ta force ! Ceux-là qui se servent injustement de toi. ? Orgie sexuelle des mamaïa puis, p. 223 : ? Mais d’autres inspirés se levaient de tous côtés, et dans chacun de ces inspirés surgissait un dieu. Certains criaient :  » Le souffle est sur moi de Iohané le Baptiseur ! Il annonça le Kérito ! J’annonce un autre… un autre !  » –  » Paolo, proclamait-on, Paolo me conduit et m’enseigne : j’éclairerai les yeux des aveugles que les Missionnaires n’ont pas su rouvrir !  » Des cris d’humains sans sexe, sans années :  » Mikaëla ! – L’Esprit Bon ! le Souffle… – Salomona ! tu m’aideras : je dirai des parlers nouveaux ! la Bonne-Parole n’est pas close ! – Oro est mort – Abérahama redescend parmi les hommes ! – Oro est mort – Iohané ! – Iésu – Iéhova – C’est le soir, c’est le soir des dieux.  »
Docilement, avec toute la foule, Térii ou Iakoba, devenu mamïa lui-même répond à tous les appels. Sa voix n’est plus la sienne ; il la disperse au hasard des autres voix. ?
Téao comme nouveau Christ. Jugé p. 225 Accusé d’avoir attenté à la forme du gouvernement. Aspect politique mais sans véritable promesse d’avènement du Royaume – condamné. Annonce sa résurrection. Page 230, diatribe de Paofaï, le vieux païen : ? Vous avez oublié tout… et laissé fuir les temps des autrefois… Les bêtes sans défense ? Les autres les mangent ! Les immémoriaux que vous êtes, on les traque, on les disperse, on les détruit ! ?
Voir aussi les notes de Segalen p. 274-275 sur ce mouvement.

13/03/07
Ngyuen Khi Dong : L’Enfant merveilleux. // Gauguin : revenir à Gauguin – atelier des Tropiques. Ce 20 mai 2007, feuilletant de nouveau Segalen, je tombe sur le Journal des iles à la date environ 15 aout 1903, ce passage que j’avais déjà coché :  » Et le pauvre Ky-dong (l’enfant rare), mon excellent infirmier et sympathique déporté politique, une lanterne à la main, passe et repasse dans la nuit, cherchant son épouse canaque enfuie.  » (p. 433).

13/04/07
Le cahier de Gauguin, Noa Noa, inverse du Cahier d’un retour de Césaire.
Quand Gauguin affirme :  » J’entre dans la nature « , c’est que pour lui existe la césure entre culture et nature, c’est donc qu’il participe de la conception naturaliste (meme en l’inversant) du monde, vision naturaliste, dominatrice et scientifique.

En visite au musée Fabre de Montpellier avec Van Gogh, Gauguin s’arrete sur Femmes d’Alger de Delacroix.
Gauguin lecteur de Tour du Monde. Il avait aussi compulsé le tome IV des Colonies françaises, paru pour l’exposition de 1889 :  » Né sous un ciel sans hiver, sur une terre d’une fécondité merveilleuse, le Tahitien n’a qu’à lever le bras pour cueillir le fruit de l’arbre à pain et le féhi qui constituent la base de sa nourriture. Aussi bien ne travaille-t-il jamais, et la peche, à l’aide de laquelle il varie son alimentation, est pour lui un plaisir dont il est avide… […] Pour eux, vivre c’est chanter et aimer…  »
Gauguin amené là par la lecture du Mariage de Loti. Reynaldo Hahn, L’Ile du reve, opéra d’après le roman de Loti. Gauguin lisait aussi Ernest Renan, La Vie de Jésus. Et il y a cette identification de Gauguin au Christ : autoportraits.
Coatalem, p. 261 : 1901 [ « ]  » « Mais qui donc est Ky Dong «  », s’interrogeait Gauguin avec malice. Surprenante rencontre à des milliers de kilomètres de la civilisation ! Le jeune homme a vingt-six ans. Il est instruit et cultivé. Boursier de la cour de Hué puis du lycée d’Alger, bachelier ès sciences, il parle et écrit le français, tate du pinceau, compose des vers… et possède un diplôme de moniteur de culture physique. « Ky Dong » veut dire l’enfant rare, l’enfant merveilleux. Un surdoué, à l’évidence, qui avait déjà impressionné le résident de Nam Dinh au point qu’il le poussa dans ses études. Derrière ce visage affable, ce garçon est un politique, ex-leader anti-colonialiste, ayant fédéré autour de lui des étudiants et des lettrés de la lointaine Indochine, cette meme Indochine que Gauguin envisageait de gagner en 1889… Condamné à la déportation en 1897 en Guyane pour activités subversives, les autorités l’ont abandonné là, en cours de route, à la demande charitable du gouverneur. Marié à une Marquisienne, l’intellectuel a fait souche. Fonction officielle : infirmier. Lorsqu’il a accueilli le peintre à sa descente de chaloupe, il le connaissait déjà non pour son « uvre mais à cause de ses prises de position dans le journal satirique Les Guepes. Ce sont deux révoltés, deux réprouvés qui se saluent sur la plage de sable noir.  » Il existe un portrait de Gauguin par Ky Dong, achevé par l’artiste (W 634, 1903, Autorportrait à lunettes). Dans l’archipel, les garçons étaient élevés par les frères de Ploermel. Ky Dong faisait partie des six hommes qui le portèrent en terre. La terre promise.
Se souvenir que l’on appelait Gauguin l’ » Inca  » (voir son autoportrait)

Les navires du monde :
29/12/06
Après le chemin de fer les navires : Leiris, embarqué sur le Saint-Firmin, à Bordeaux, Bardamu sur l’Amiral Bragueton depuis Marseille. Quels noms de bateaux dans Simon dont les pages sont aussi sillonnées de silhouettes de paquebots aux cheminées cracheuses de fumées, s’éloignant…
Egalement : le roman maritime (Conrad, Lord Jim)
15/03/07 : Lénine, p. 82 :  » Dans la marine marchande, le développement prodigieux de la concentration a également abouti au partage du monde. En Allemagne, on voit au premier plan deux puissantes sociétés, la Hamburg-Amerika et la Nord-Deutsche Lloyd, […]  »
14/07/07
Lévi-Strauss Tristes tropiques p. 19 :  » Finalement j’obtins mon billet sur le Capitaine-Paul-Lemerle…  » jusqu’à Fort de France. puis toujours vers New York (via Fort-de-France) mais en 1941 sur le Capitaine Paul Lemerle, l’ex-chef des jeunes gens rebelles et faux révolutionnaire à tête de Christ, le poète André Breton, et Victor (Serge) Kilbalchiche, ex-vrai révolutionnaire professionnel et ex-compagnon de Lénine. A Fort-de-France, André Breton rencontre Aimé Césaire Soleil cou coupé. Qui vient de publier, deux ans plus tot Cahier d’un retour au pays natal.

ANNEXES

Voir ces noms (Frantz Fanon, Les Damnés de la terre p. 79) :
l Phouma et Phoumi
l Lumumba
l Tschombé
l Ahijo
l Moumié
l Kenyatta

Noms de pays :
A l’inverse de l’effacement des noms français en Algérie, l’apparition des noms de pays africains :
Gold Coast : Ghana
Rhodésie : Zimbabwe
Haute-Volta (de la volte, ainsi nommé par les Portugais, là où les courants s’inversent) : Burkina-Faso
Dahomey : Bénin
Congo : Zaire
Et les villes :
Salisbury : Harare (Zimbabwe)
Lourenço Marques : Maputo (Mozambique)
Leopoldville : Kinshasa
Fort-Lamy : Ndjamena
Fort-Foureau : Kousseri

CORRELATS :
Adventisme – Anabaptisme – apocalyptique (littérature) – baptisme – communismes religieux – conformité et déviance – églises et sectes – eschatologie – millénarisme – missions – paysans (guerre des) – progrès (idée de) – prophétisme – révolution (idée de) – shi’isme – utopie.

Voir aussi :
Robert Owen
Campanella
Grégoire le Grand
Jean Chrysostome
Saint Jérome : opposé au millénarisme
Joachim de Flore
Lavater
Jean de Leyde
Luther
Melanchton
Mickiewicz
Milton
Newton
Saint-Simon
Savonarole
Servet (Michel)
Swedenborg
Tertullien

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