Qui suis-je ?

Telle était la question posée au seuil de Nadja au nom d’espérance. « Qui suis-je donc ? » demandait K. sans se départir de son calme. Mais qui es-« tu » ? Celui en tant que quoi tu te lances en larguant les amarres – en tant que quoi tu deviens. Effrayante question. Trop grande. Faisant surgir la Sphinge de la nuit mythologique. Ou pire, l’arsenal social identitaire : à force de m’entendre appeler par mon nom j’ai fini par y croire, c’est le principe de publicité. Autant fredonner comme l’Inuit guettant sa proie au-dessus de son trou dans la glace. Une chanson de guetteur. Le Roi Pêcheur chantonnait-il, lui aussi, au bord de sa rivière, son pays dévasté dans son dos ? Ainsi suis-je, Arnauld que plor et vau cantan.

La photographie principale du site est empruntée à Pierre Jahan, La Mort et les statues, Les éditions de l’Amateur, 2008.