L’entrée dans l’arche : Dolly la brebis

Souvenons-nous enfin de Dolly la brebis et des animaux en voie d’extinction, à raison de deux espèces chaque année rien que pour les vertébrés, dont les matériels génétiques se voient soigneusement prélevés et collectionnés sous forme de paillettes de semence, d’embryons ou de cellules, dans l’attente d’être recréés plus tard, quand les conditions de l’Éden seront de nouveau réunies, à moins que tout ne retourne à la mer primordiale qui mêle ses eaux douces et ses eaux amères, ses eaux limpides et ses eaux troubles, d’une saveur à la fois acide, sucrée et salée. Comme ils l’avaient toujours fait depuis la révolution agricole néolithique entre le Tigre et l’Euphrate, les hommes triaient les plantes et les animaux, guidant d’eux-mêmes la main invisible à travers les générations de chiens, de vaches, de chevaux, de moutons, de cochons et de poulets. Mais à force d’embaver des rêves de foutre, ils en vinrent à dérouler l’échelle de Jacob en une double hélice aperçue en image, de biais, dans un cristal, publiée le 25 avril 1953 dans la revue Nature, structure en duplex sur laquelle s’accroche un simple jeu de quatre ou peut-être six bases chimiques en miroir, à la vie dure comme l’éternité. Par commodité, ou bien par goût du secret, ils affectionnèrent de donner à leur découverte la teneur d’un message aux lettres trouées, parfois réunies en syllabes, séparées par des points de suspension ainsi que d’autres signes distinctifs, diacritiques ou graphiques, tels que des gras ou des italiques, mais il est fort possible que ce ne soit là qu’une image très éloignée de la vie elle-même, un langage qui tentait parfois de souder artificiellement, entre méiose et mitose, la distance qui sépare un agneau d’un chaton et le plus souvent une mouche drosophile d’une grenouille, tout comme l’inversion des lettres dans un verset fait affleurer toute sorte de sens inédits. Partant de là, au pays des fermiers en veste de tweed, ils prélevèrent un lot de cellules sur les glandes mammaires d’une brebis à tête blanche – Belinda était son nom –, en firent sauter les noyaux qu’ils transplantèrent un à un, avec beaucoup de doigté, dans autant d’ovules eux aussi énucléés, d’une autre brebis dont le nom est oublié de la chronique, sans omettre la secousse électrique à la surface de la membrane en guise de leurre pour stimuler la pénétration que ferait un spermatozoïde de la généreuse nature, obtenant ainsi, en bons éleveurs sélectionneurs, deux cent soixante-dix-sept œufs, puis vingt-neuf embryons, dont l’un parvint à se développer jusqu’à donner naissance, le 5 juillet 1996, à une nouvelle brebis clone de sa mère, à tête blanche comme elle, et qui vécut jusqu’en l’année 2003 sous le nom de Dolly.

Mais qu’elle est rude la voie qui mène des ravages de la vieille Géhenne satanique au ramage du nouvel Éden adamique ! Et pourquoi quarante jours et quarante nuits ? Au sortir, après le vif sursaut de la bête tu ne laisseras aucune cendre sur la pierre. Fais ensuite un nœud dans le ciel. Quelle colombe fuit dans le carcanciel espoir de la rencontre ? Suis les voies aériennes, te dis-je. Écoute :

Arc-en-ciel du soir bon espoir

Arc-en-ciel du matin pluie en chemin

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