Miroir de Marilyn Monroe

Extrait de De Zabriskie Point à Checkpoint Charlie et retour :

Souvenons-nous de la gamine de la cité des anges. Que s’est-il exactement passé à l’automne de 1934, dans le tremblé du calendrier, à coup sûr avant Noël, au premier étage de la petite maison de bois, 6812 Arbol Drive, à Hollywood, la petite maison peinte en blanc, avec sa véranda devant et sa cour-jardin derrière, au rez-de-chaussée le piano tout blanc sur lequel elle prenait ses premières leçons, la table peinte en blanc, les chaises, les lits, les rideaux de coton blanc ?
Comme elle passe devant sa chambre à lui, le locataire de sa mère, il l’appelle :

— Entre, Norma, lui dit-il.

Et elle, croyant qu’il veut l’envoyer faire une course :

— Oui, où voulez-vous que j’aille, Mr Kimmel, demande-t-elle.

— Nulle part, répond-il, et il referme la porte sur elle.

Il est là, avec son sourire et sa petite moustache. Il tourne la clé dans la serrure :

— C’est comme si on jouait à un jeu, continue-t-il.

Elle se tient devant lui, n’osant bouger. Par la fenêtre la lumière entre à flot. Il s’approche, la prend dans ses bras, alors elle se débat et lui donne des coups de pied. Il ne la lâche pas et lui chuchote à l’oreille :

— Sois gentille, Norma Jeane, allez, sois gentille.

Que s’est-il exactement passé ? Quand il rouvre la porte, la gamine se précipite auprès de sa mère :

— Mr Kimmel, il m’a…, il m’a…

Et elle :

— Ne dis pas de mal de Mr Kimmel, c’est quelqu’un de bien, il est connu, ne dis pas de mal de lui.

L’homme se tient là, sur le seuil, avec son sourire :

— Tu devrais avoir honte, crie la mère à la gamine.

— Mais Maman, c’est pas ça, il…, il…

L’homme s’avance et lui tend une pièce :

— Va t’acheter une glace, dit-il.

Elle saisit la pièce, la lui lance au visage et s’enfuit en pleurant. Tout au fond d’elle-même elle chante :

Wenn Ick mal tot bin

Wenn Ick mal tot bin

Combien d’orphelines faut-il pour faire une Marilyn ?

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