Maintenant, dans la fraîcheur inhabituelle de cette nuit d’été, tournée vers l’est, juchée sur son char de bronze, la silhouette ailée qui représente la ville, une hampe à la main, légèrement oblique et terminée par une couronne de lauriers, alors dépouillée de la croix pattée et de l’aigle aux ailes également déployées, la couronne de lauriers dessinant un cercle parfait, tel un œilleton vide sur le ciel obscur, la personnification tirée par quatre chevaux de bronze au-dessus de la monumentale porte de pierre, d’un beige sale, au-devant de laquelle se lit sur un panneau, peint en caractères noirs sur fond blanc le mot ACHTUNG ! suivi de la phrase en lettres plus petites SIE VERLASSEN JETZT WEST-BERLIN, comme chaque nuit la figure ailée fait face au soleil qui doit venir. C’est un dimanche de vacances. Le jour où les travailleurs s’en vont grattouiller leur lopin et faire la sieste à l’ombre de leur cabanon, où les jeunes se retrouvent entre copains pour écluser quelques bières et dragouiller les filles sur les rives champêtres de ce lac Wannsee dont le nom s’enroule dans les boucles du passé avec une résonance tragique, entre les deux coups de feu désespérés qui trouèrent la brume de l’aube pour emporter le poète Heinrich von Kleist et son amante Henriette Vogel et les décisions irrévocables vers la Solution finale de la question juive. Continuer la lecture
Vingt-cinq ans après la chute
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